Chroniques de Pertuis

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Chronique 6 - « Le quartier Beaujeu. »(1)




es lacunes dans l’histoire urbanistique de Pertuis, ne permettent pas d’affirmer que présenter le quartier Beaujeu après celui de St-Pierre, respecte la chronologie des extensions. Toutefois, on sait que, malgré conflits et épreuves, les bâtiments débordèrent rapidement la première enceinte de protection (une palissade de bois selon des historiens). La courte chronologie qui suit, montre avec quelle vitalité, les constructions s’implantèrent hors du noyau embryonnaire.

Le quartier Beaujeu.
Le quartier Beaujeu.

Le quartier Beaujeu

Internet Google Earth.


Situation et physionomie du quartier.



e la place Saint-Pierre, par la rue François Morel, reprenons notre cheminement vers le sud. Nous croisons les rues Droite, Canorgue puis Vinoly. Là, faisons halte. A notre gauche, cette rue Vinoly constitue la limite nord du quartier Beaujeu, les trois autres étant : à l’est, la rue de l’Ange, au sud, la Rue Grande, à l’ouest, la rue Beaujeu. Première constatation : l’ absence de rupture visuelle entre les deux quartiers. La similitude des paysages urbains et l’absence de plan géométrique indiquent que l’extension ne fut pas l’œuvre rationnelle de lotisseurs, comme pour les bastides du sud-ouest contemporaines.



e moindre étendue, en 1602, Beaujeu comptait 67 propriétaires pour 194 à Saint-Pierre (3). L’exiguïté des parcelles bâties se traduisait par une densité d’occupation élevée. Si, à d’autres époques, les quartiers Rouyere et St-Nicolas accueillirent le centre vital de la cité, ce ne fut pas le cas pour Beaujeu dépourvu de grandes structures urbaines.

Origine du nom Beaujeu



‘explication communément admise est celle d’un patronyme : « Jacobus de Beljoco (Jacques Beaujeu) qui est qualifié de primus internobilis et qui était estimateur en 1317…» (3). Au siècle précédent, un Beljoco, noble Philippus, estimateur, vécut les débuts de la communauté alors qu’elle négociait ses franchises (Communauté dirigée par, des « estimateurs » avant 1380 (2), des « syndics » de 1380 à 1539 et des « consuls » jusqu’à la Révolution). Mais, le « 1er magistrat » fut noble pendant des siècles.

Rue Vinoly.
Rue Vinoly.

Vue de la Rue Vinoly


Photo Gaillandre



’ancienneté des Beljoco ou Beaujeu à Pertuis est confirmée par les papiers des « Dames de Nazareth d’Aix ». En 1299, ces Dominicaines, pour financer les activités charitables de leur maison de « l’Aumône » de Pertuis, reçurent de Charles II d’Anjou, les cens (redevances) de ses biens. Quatre siècles durant, s’accumulèrent dans leurs archives des renseignements sur Pertuis médiéval. Selon ces papiers, en 1225, un Raimond de Bellojoco vivait à Pertuis.

- En 1297, Pierre de Beaujeu reconnaît auprès du notaire Roger de Saint-Martin prendre à « rente » des terres à la Condamine pour lesquelles il paie 6 sols à la Noël.
- 1306, Hugues et Jacques de Beaujeu, rentent au monastère de Nazareth (ou aux monastères de Montmajour et Nazareth en indivis) : 5 terres, une vigne, 3 ferrages (prés arrosés donnant du fourrage), 3 maisons et une table ou tablier (étal) à la place du marché à la poissonnerie. Deux de ces maisons, taxées à 17 et 18 deniers, sont donc d’importance.
- 1356, Pierre de Beaujeu et Laurent Molinier au nom de leurs concitoyens, remettent entre les mains de Bertrand Reynaud la somme de 56 florins pour la construction d’une nouvelle église (celle de Saint-Pierre avait été mise sous interdit).
Deux siècles plus tard, le nom de Beaujeu est absent des premiers cadastres. Lors des Guerres de Religion ( 1576), le Beaujeu mentionné par le trésorier, était-il Pertuisien ? Officier des troupes de Carcès, il passa les quartiers d’hiver en nos murs.

Rue Beaujeu Vue de la Rue Beaujeu
Vue de la Rue Beaujeu

Vue de la Rue Beaujeu

© 2005-2007 Photo Mr Raymond Gibert.




n a peu de renseignements sur les Beljoco ou Beaujeu pertuisiens. Leur « noblesse » médiévale s’avère difficilement vérifiable. Un opuscule de Chastel, « de l’édit concernant la police des armoiries » (10), indique que l’Armorial du Beaujolais présente les écussons de près de 500 familles dont certaines sont considérées comme appartenant à des noblesses étrangères à cette région. Le nom fut très porté en Provence :
- Alpes de Haute-Provence et Hautes-Alpes (Gap) actuelles.
- Arles : La famille Laurens, barons de Beaujeu d’origine avignonnaise acheta son titre en 1470. Celle de Quiqueran acquit le titre du Roi René en 1440.
- Languedoc : La famille Hugues, barons de Beaujeu vint par la suite s’établir en Provence.
En 1274 un Guillaume de Beaujeu (de Bellojoco) fut Grand Maître de l’Ordre des Templiers.



u Moyen Age, maintes familles nobles et roturières s’éteignirent. Ce fut-il le cas pour les Beaujeu de Pertuis ? Les turbulences du 14ème siècle, guerres civiles, passages des routiers, sièges, désordres climatiques, disettes, se soldèrent par un grave effondrement démographique (Pertuis: 3000 à 5000 habitants en 1315, environ 1000 en 1374). Un « mouvement de désertion affecte la Provence aux XIVe et XVe siècles. Une cinquantaine de villages disparaissent dans la tourmente. » (4) La plus meurtrière des épreuves, la « Peste noire » emporta en 1348, la moitié des Provençaux ! Les autres épidémies qui suivirent, furent aussi redoutables (des milliers de Pertuisiens en 1587, selon, l’historien Jean Monier).



es pans de notre histoire attendent dans l’ombre, d’autres s’ éclairent. Les travaux d’historiens (Iancu, Crémieux, Lunel, Moulinas, Nicolas…) nous permettent d’enrichir nos connaissances sur la présence juive à Pertuis dont l’importance fut pressentie par le chanoine Trouillet (11) lorsqu’il étudia l’histoire de notre ville. Certains des indices qu’il releva ont été repris dans l’ouvrage fort documenté et passionnant de Danièle Iancu-Agou (7). Cette communauté fut regroupée au 15ème siècle aux abords de la rue Beaujeu.

La présence juive en Provence



ort ancienne, elle est attestée par des inscriptions, des objets et des documents narratifs : « Leur implantation (des Juifs) en Gaule méridionale date de la grande migration provoquée par la destruction du Second Temple, en l’an 70 de l’ère chrétienne » (5). Aux 11ème et 12ème siècles, les documents des communautés actives et prospères, d’Aix, Arles, Tarascon et Marseille se révèleront très riches en renseignements.

Vue de la Rue Bayon
Vue de la Rue Bayon

Vue de la Rue Bayon

© 2005-2007 Photo Mr Raymond Gibert.



partir des Croisades, les mesures coercitives de Philippe Auguste, St Louis, Philippe III, poussèrent des Juifs à fuir le royaume de France. Certains s’installèrent en Provence. En 1306, Philippe IV le Bel décréta leur expulsion et la confiscation de leurs biens. Le flux migratoire s’amplifia. Les exactions s’accrurent en fréquence et violence pour ceux qui restèrent : on les accusa d’avoir empoisonné les puits et provoqué les épidémies de lèpre, et de peste. En 1394, le roi Charles VI, décida leur expulsion définitive. De nouveau, ils se replièrent vers Avignon, le Comtat Venaissin, Carpentras, Cavaillon et la Provence où les Comtes appliquaient une politique bienveillante. Le long de la Durance, plusieurs villes et villages comptèrent en leurs murs une communauté juive.


L’histoire des habitants juifs pertuisiens,



ette histoire est parcellaire : «Les documents qui subsistent ne permettent pas de (la) reconstituer de manière linéaire. » (6) Les faits relatés étant des instantanés d’une présence de plusieurs siècles, des évènements datés permettront de les replacer dans leur époque. Les dates concernant Pertuis sont en italique et soulignées.

De 1300 à 1400.

Vue de la Rue Galante
Vue de la Rue Galante

Vue de la Rue Galante

© 2005-2007 Photo Mr Raymond Gibert.



lors que les pays de langue d’Oc, hauts lieux intellectuels et commerciaux, appliquaient leur tradition de tolérance, une communauté juive vivait à Pertuis. L’historien Elie Nicolas date à 1283, le 1er acte en témoignant : « cette charte autorise les Juifs de Saint-Maximin, Lambesc, Pertuis, Istres, Lançon et Aix-en-provence à posséder une synagogue et un cimetière en donnant annuellement à l’archevêque d’Aix deux livres de poivre. » Le « cimetière des Juifs », à l’ouest du terroir, quartier de la Peyrière (V.C N°17), n’a pas laissé de vestiges (les travaux d’une gravière ont excavé et bouleversé le sol). Mais le nom subsiste dans les cadastres. Cette synagogue des débuts n’a pas été localisée de façon avérée.

- 1298. « 322 hommes payaient un cens au clavaire royal. La communauté juive comptait alors treize familles dont certains tenaient le péage à ferme ainsi que d’ autres droits seigneuriaux…» (6) L’historien Camille Arnaud avance que la construction du monastère « Ste-Marie ou Notre-Dame de Nazareth d’Aix » (il tint la maison de l’aumône en nos murs) fut financée en grande part avec la « Taille des Juifs ou Talhia Judeorum » de Marseille. (9)
- 1306. Expulsion des Juifs de France. Le comte de Provence garantit leurs droits dans ses états.
- 1325. Parmi les 360 hommages rendus au seigneur, 30 sont juifs. (6)
- 1348. Peste noire. Le pape Clément VI défend les Juifs accusés d’avoir empoisonné les puits. Il recueille dans ses états ceux qui fuient les persécutions
- Juillet 1385. Guillaume de Beaufort, vicomte de Turenne, reçoit une plainte de la communauté contre les bouchers juifs du lieu. Ils sont accusés de vendre en grande quantité aux chrétiens, la viande des animaux abattus rituellement. Les dirigeants (syndics) reçoivent l’ordre d’en interdire la vente aux chrétiens.
- 17 sept 1394. Edit de bannissement des Juifs du Royaume de France de Charles VI.

Voie communale 'cimetière des juifs'
Voie communale 'cimetière des juifs'

Voie communale 'cimetière des juifs'

© mappy sur internet.

De 1400 à 1433.

- janvier 1406. Des lettres patentes accordent aux habitants la gratuité du passage de la barque (traversée de la Durance). Les Juifs exclus de ce privilège causent des troubles.
- 26 mai 1410. Pierre de Motte Bonon, procureur fiscal, reçoit l’ordre de Boucicaut, de regrouper en une même rue les habitants juifs dispersés dans la cité. Cette rue, fermée par une porte, fut la rue Beaujeu. Le recoupement de divers documents, cadastre de 1570, papiers des Dames de Nazareth, permet d’avancer que cette « rue de la Juiverie » englobait une partie de la rue Beaujeu (limite entre les quartiers Beaujeu et Lambert) et la rue Petite (actuellement coupée par la rue François Morel), dans le quartier Lambert. Elle aboutissait à la rue Notre-Dame donnant accès à la porte de même nom.
- 1415. Mesures restrictives de la Bulle de Benoît XIII dont celle d’instaurer des « ghettos ».
- 1421. Jehan Reynaud reçoit une lettre pardon pour avoir caché dans son cellier et soustrait aux recherches, le juif pertuisien Astruc dit Sextier qui avait eu des relations sexuelles avec une chrétienne parente dudit Reynaud. Astruc fut longtemps enfermé en prison à Tarascon. Libéré, il paya une amende de 100 marcs d’argent.
- 1425. 9 chefs de familles juifs. (6)
- 1428. Massacre à Manosque.
- mars 1430 (1435 ou 1436, selon les sources). Partie d’Aix, une vague de violence atteint notre cité. Des habitants s’introduisent de nuit, dans des maisons juives et se livrent au pillage. Les propriétaires sauvent leur vie en fuyant par les toits et en demandant l’asile dans le château sur la place. Le seigneur ordonne la pendaison de 4 émeutiers. L’intercession d’ une délégation d’habitants et des autorités de la ville sauve la vie de leurs complices. Une lettre de pardon et de grâce de Pierre de Bellaval sénéchal de Provence, les condamne à une amende.
De 1434 à 1480. Le Roi René. « Nul souverain ne montra plus de mansuétude envers les Juifs, nul n’en tira plus d’argent. » (8)

«

es registres
(notariaux) d’Aix ont offert pour Pertuis, cette petite bourgade proche de la capitale de la Provence, nombre d’éléments permettant d’ imaginer déjà - sous le règne de René – une micro-société – de convertis, venus pour certains d’ailleurs, des juiveries aixoise, dracénoise ou avignonnaise, comme pour se refaire une identité, cherchant place entre une minorité juive encore vigoureuse et une majorité chrétienne dans laquelle ils vont aspirer à s’intégrer. » (Danièle Iancu-Agou) (7).



ès son accession au Comté de Provence, René, prisonnier du duc de Bourgogne, puisa dans la trésorerie provençale. Le paiement pour sa libération, retomba pour une grande part sur les Provençaux. En 1436, il se lança dans la coûteuse conquête de son royaume d’Italie qu’il quitta en 1442, après une défaite face aux Aragonais. Toutes ses tentatives de reconquête échouèrent. Jusqu’ en 1471, les Provençaux ne virent leur souverain que par intermittence mais financèrent sa cour et ses guerres.

Vue de la statue du Roy René à Aix
Vue de la statue du Roy René à Aix

Vue de la statue du Roy René à Aix

© Wikipédia sur internet.



es « Comptes du roi René » soulignent la complexité de l’ attitude du souverain. Si les Juifs bénéficièrent de sa bienveillance et profitèrent de sa Cour pour leurs activités commerciales, ils financèrent largement son train de vie fastueux. Nathan Passapayre, le « baylon » de Pertuis, versa 50 florins aux maçons travaillant au château royal de Peyrolles. Toutefois, en ce temps de violences, la protection royale ne fut pas négligeable.
- 1446. L’évêque d’Apt ordonne un changement d’itinéraire des processions : les Juifs jetaient des immondices dans leur rue empruntée par le cortège.
- Massacres à Carpentras en 1459 et à Mazan un an après.
- 1462. Un scandale agite la Provence. Les Juifs, acteurs indirects, sont éclaboussés. Le prieur de l’Ordre de Notre-Dame de la Merci, ordre oeuvrant au rachat des chrétiens réduits en esclavage par les pirates barbaresques, charge Raymond Portal d’une quête en Provence et dans le Dauphiné. Le produit de celle de Pertuis (des draps, des chemises, du fil) disparaît. Il a été revendu à des Juifs.

Maison dite de la Reine Jeanne
Maison dite de la Reine Jeanne

Maison dite de la Reine Jeanne

© 2005-2007 Photo Mr Raymond Gibert.

- 1475. Pogrom à Digne le Vendredi Saint, à Malaucène en 1479 par des mercenaires.



ans la 2ème moitié du 15ème siècle, ces exactions entraînèrent des conversions que les largesses et faveurs du roi René pour les néophytes favorisèrent. Celles présentées ci-après, ne sont nullement exhaustives : elles sont le fait d’ apparents. Leur retentissement leur valut de ne point tomber dans l’oubli.



Pertuis, conversions remarquées, celles de deux petits-fils d’un éminent et riche Arlésien, Isaac Nathan. Le parrainage du Roy René leur valut des noms néophytes de prestige : Valois et Danjou. Le premier, René de Valoys (fils de Bonjues Nathan, médecin d’Avignon) et son fils Jean de Valoys, étaient des commerçants et prêteurs prospères. Le deuxième (fils d’Astrug Nathan, médecin pertuisien), devint le néophyte René D’Anjou. Cet homonyme du « Bon Roy René », occupa le poste de viguier à pertuis (1468) et accéda à la noblesse. Ses descendants comptèrent des officiers dans l’armée et un Conseiller du Roy en la Sénéchaussée de Provence. « De la deuxième moitié du XVIIe siècle jusqu’à la Révolution, elle joua un rôle important dans l’administration de notre ville : pendant cette période en effet, la charge de premier maire-consul sera assurée 15 fois par un membre de cette famille. » (3)

Blason de la famille Danjou
Blason de la famille Danjou

Blason de la famille Danjou

© Site France Genweb.



ené de Saint-Maurice allégua, lui aussi, le parrainage du roi René. Il fut anobli et sa femme, veuve du Pertuisien Passapayre, devint Guilhemette de Villages. Une autre famille choisit un patronyme de renom en Provence : Michel de Grimaud ou Grimaldi (Bonsenhor Davin) et ses fils Louis et Honoré de Grimaud. Leur cousin Antoine de Reillanne (Bonfilh de Rocamartina) avait un fils qui, converti plus tôt, prit un nom différent : Jean de Sault.



outefois, le roi René punit les auteurs de conversions forcées. En 1474, un scandale secoua Pertuis. L’écuyer Gillet Gilibert et des courtisans vinrent convertir Massipa Abraham, 10 ans (18 ans selon les écrits de Camille Arnaud (9)). Ils l’enlevèrent alors qu’elle était dans la cour de son grand-père. Malgré ses cris et ses pleurs, elle fut entraînée dans l’église et baptisée. Alerté, le roi René rappela l’interdiction des baptêmes contre le gré des parents. L’affaire fit grand bruit car Massipa n’était pas enfant ordinaire. Sa famille était puissante : son père, décédé, était Me Mosse Abraham personnage important de Saint-Maximin, sa mère Clareta était fille du baylon de la communauté juive pertuisienne : Bonjues Passapayre.

Après la mort du Roi René (10 juillet 1480).



apidement, la Provence s’achemina vers le rattachement au royaume de France. Le neveu héritier, Charles III du Maine disparut le 11 décembre 1481, après avoir légué la Provence au roi de France. L’attitude bienveillante de Louis XI, calma les alarmes des communautés juives : leurs privilèges dans le Comté furent confirmés en 1482. Court répit !



n 1484, le successeur de Louis XI, Charles VIII, confronté à des pogroms et des émeutes (Arles, Cavaillon, Avignon, Salon), prend les Juifs de Provence sous sa protection. Mais les conversions se multiplient : à Pertuis : Honorat Aymar (autrefois médecin d’Hyères sous le nom de Dieulosal de Roquemartine), Pierre Marc (fils de Bonsenhor Bendich), Baptiste de Milan ou Millan (autrefois Léon Ysac de Lattes), René d’Orgon, Foulques de Mison (ex Josse de Carcassonne). La conversion déchirait parfois la structure familiale : celle d’un seul des époux dénouait le mariage. Ainsi, Foulques de Mison rendit sa dot à sa femme restée juive (une maison de Pertuis revendue à Astrugia Nathan femme du chirurgien Me Astrug).



es lettres patentes consacrent en 1486 et 1487 , l’Union du Comté et pays de Provence au Royaume de France. Elle intervient en une période sombre : disette, peste. L’arrivée massive en 1492, des Juifs d’Espagne chassés par Isabelle la Catholique, provoque des désordres et des tensions sociales. Les violences et les expulsions se multiplient à travers la Provence.

Blason de la famille Aymar d'Alby de Chateaurenard
Blason de la famille Aymar d'Alby de Chateaurenard

Blason de la famille Aymar d'Alby de Chateaurenard

© Site France Genweb.

- 20 août 1499. Le registre des délibérations de Pertuis reflète la « dégradation du statut des juifs dans la société provençale » (6). Ils sont accusés de provoquer la grêle au temps des moissons. Le conseil délibère d’accorder 100 florins pour déléguer le capitaine du lieu, Pierre d’Arles, pour demander au roi, leur expulsion.

1500, L’expulsion ou la conversion.



e 23 mai 1500, « le roi Louis XII écrit une lettre datée de Lyon ordonnant l’expulsion sous trois mois des juifs de Provence. Le 31 juillet 1501 cette première mesure d’expulsion étant restée sans effet, Louis XII rédige une seconde lettre, qui cette fois est appliquée. » (6) Ceux qui restèrent se convertirent (néophytes). A Pertuis, les cousins de René d’Anjou et René des Valois, prirent pour nom d’Arnaud. Des réfractaires se réfugièrent dans le Comtat (Isaac Passapayre s’éloigna de ses frères et sœurs baptisés « de Saint Martin »).

Localisation de la Synagogue AD Aix B 986
Localisation de la Synagogue AD Aix B 986

Localisation de la Synagogue AD Aix B 986

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- 1512. Le roi de France Louis XII, en besoin d’argent pour ses guerres, soumit ces néophytes provençaux, à une imposition exceptionnelle de 6000 livres. A Pertuis, la perception de cette taxe qui toucha 11 néophytes, fut confiée aux deux personnes les plus en vue et plus riches de l’ancienne communauté : de Saint Martin et Arnaud.

- 1516. Situées dans le quartier Lambert, dans la rue de la Juiverie, la synagogue et l’école qui avaient été confisquées, sont allouées le 9 avril 1516, par les institutions de la Province à un notaire aixois, Raymond Baudon. L’acte en latin, permet de les situer : « une chambre (soit) maison où autrefois les juifs de la ville de Pertuis tenaient leur école et leur synagogue, laquelle maison confronte d’une part avec la maison soit chambre de maître Pierre Sauret, notaire, avec la maison d’Arnaud Arnaud du dessous, avec la maison d’Arnaud de Saint-Martin et avec la rue publique » Cette synagogue jouxtait donc la « maison de la Reine Jeanne » propriété du baylon Passapayre.



’intégration des néophytes fut rapide. Les rois qui recoururent à la création et la vente d’offices (certains anoblissants) pour leurs problèmes de trésorerie, offrirent aux plus riches d’accéder à de hauts postes de l’administration de la province (Parlement, Cour des Comptes…). Fortunés, leurs mariages les allièrent aux grandes familles provençales.

Blason de la famille d'Arnaud de Pertuis
Blason de la famille d'Arnaud de Pertuis

Blason de la famille d'Arnaud de Pertuis

Internet Site France GenWeb



ls se distinguèrent dans l’Eglise et les armes (hormis dans l’ Ordre de Malte exigeant des preuves de « vieille noblesse »). Ce fut un membre de la famille Aymar qui favorisa l’installation des Chartreux dans Aix. Des Arnaud furent chanoines à l’église St Sauveur d’Aix. Parmi tous les Thomassin qui entrèrent en religion, le plus célèbre est le père Louis Thomassin, savant oratorien qui s’attira les foudres de l’Eglise pour avoir voulu concilier les doctrines des jansénistes avec celles de son ordre. Ces familles favorisèrent l’installation des couvents dans notre ville, notamment ceux des Oratoriens et des Capucins.



es premiers cadastres pertuisiens témoignent de cette rapide intégration. Des néophytes continuèrent à demeurer dans leur maison de l’ancienne rue mais d’autres s’ établirent en d’autres quartiers (Lambert). Certains avaient réintégré leurs demeures d’avant l’enfermement du 15ème siècle. Dans le terroir, ils édifièrent d’altières bastides.

Sources.

A.C. de Pertuis : FF 69, FF 70/9, CC 9.
A.D. Aix-en-Provence (13) Registres du Parlement consacrés « aux dépenses du roi René », à l’attribution de la synagogue à Raymond Baudon.
(1) Ministère de la Culture et de la communication : « Inventaire topographique du Pays d’Aigues ».
(2) 3 D1 J Courtet : « Dictionnaire des communes » (1876).
(3) J-M Marsily : «Pertuis vu à travers son terrier de 1602 ». Bulletin municipal N°7.
(4) Noël Coulet : « Aix en Provence, espace et relations d’une capitale (Milieu XIVe s-Milieu XVe s).
(5) Michel Mayer-Crémieux : site Internet « Nos cousins les juifs du Pape ».
(6) Elie Nicolas : « Expulsion des Juifs de Provence et de L’Europe méditerranéenne (XV-XVIe siècles) » sous la direction de Danièle Iancu-Agou. Ed Peeters. Copie d’une étude « Les Juifs à Pertuis au Moyen Age » déposée par l’auteur aux A.C. de Pertuis.
(7) Danièle Iancu-Agou : « Juifs et néophytes en Provence ». Peeters. Paris Louvain. Ouvrage de la bibliothèque Méjanes d’Aix : in 8-92630
(8) Site internet : http://ngj vjf.cnrs.fr/ jc cohen/presentation cohen.htm
(9) Camille Arnaud. « Essai sur la condition des Juifs, au Moyen Age ». Bibliothèque Méjanes Aix-en-Provence.
(10) L.- F Chastel. « De l’édit concernant la police des armoiries ». Bibliothèque Méjanes.
(11) Chanoine Trouillet : « Miettes d’histoire locale ». Le livre d’histoire de Paris.

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