Chroniques de Pertuis

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Chronique 3 - « L’hôtel de ville ou Mairie. »
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Les trois acteurs de l’échange.




oble Louis d’Archimbaud, Sr de Chantereine. Il allait se défaire d’un bien foncier au quartier Saint-Nicolas, hérité de feux ses oncles Jean-Louis et Pierre d’Archimbaud. Ce bien était de valeur : une maison, une écurie, une cave, une cour et une buscatière (bûcher).



oseph de Croze, gouverneur de la forteresse Notre- Dame de la Garde de Marseille. Son oncle Melchior de Croze, lui avait transmis cette charge. Capitaine d’une compagnie de cavalerie, Melchior servit dans les armées de Louis XIV. L’âge et une blessure à la cuisse stoppèrent sa carrière. Il se retira à Pertuis, nanti du gouvernement du fort de Notre Dame de la Garde et d’une pension annuelle de 2000 livres. Célibataire, il consacra sa fortune à l’édification d’un hôpital pour les pauvres dont la première pierre fut posée le 10 mars 1700. Ce bâtiment constitue actuellement, la partie la plus ancienne du centre hospitalier. C’est la chapelle St-Jacques contiguë (actuellement fermée), qui accueillit son corps le 9 janvier 1711.

Chapelle de l'hôpital fondé par Melchior de Croze Chapelle de l'hôpital fondé par Melchior de Croze
Chapelle de l'hôpital fondé par Melchior de Croze

Chapelle de l'hôpital fondé par Melchior de Croze

2006 Archives



la mort de son oncle, Joseph fut donc gouverneur du fort de Marseille. Il hérita également d’une maison sur la place du marché qu’il désirait échanger contre celle de M d’Archimbaud. Mais les deux bâtiments étaient d’inégales valeurs. En compensation, Joseph de Croze donna à Louis d’Archimbaud 2250 livres sous forme de 4 billets de banque : 2 billets de 1000 chacun et deux de cent livres. L’appoint se fit en espèce courante. Visiblement, des deux hommes, l’un était plus doué en affaires que l’autre. Archimbaud reçut des billets de banque qui venaient de perdre 60% de leur valeur par rapport aux espèces. Au même moment, des Pertuisiens plus rusés faisaient entrer en contrebande des espèces d’or et d’argent. L’échange des clefs fut fixé à la Saint Michel (29 septembre).



oachim Gilly, le notaire. Lui aussi, n’était pas, homme ordinaire. Lors du renouvellement annuel de l’état communal, le 30 novembre 1719 (Saint André), il avait été élu 2ème consul. Le poste de 1er consul avait échu à M de Joannis (noble), avocat général en la Cour des Comptes d’Aix, et celui de 3ème à Jean Joseph Chateminois, marchand.



uivant le règlement, les trois « nouveaux » élus prirent leur charge le 1er janvier de l’année suivante, en l’occurrence 1720. Acte majeur de la communauté, l’installation des hommes élus pour un an, s’accompagnait d’une cérémonie empreinte de solennité. Les trois consuls « vieux » (sortants) « ayant endossé » leur chaperon, allaient quérir leurs successeurs pour les mener dans la maison commune. Là, dans la grande salle, le bâton du Roy en main, ils prêtaient serment. Dans le registre des délibérations, Antoine Chauvet, greffier de la communauté, nota le compte-rendu de la cérémonie de 1720, sans en omettre l’en-tête rituel : « Dieu Benisse les affaires de cette communauté 1720 ». O combien, en cette année 1720, les affaires de la communauté eurent besoin de la bénédiction divine!!



iriger une ville dans un pays bouleversé par la banqueroute était d’une grande complexité. Mais quelle gageure, quand cette cité, souffrait d’un endettement chronique depuis plus d’un siècle ! Pour éponger ses dettes, Pertuis, sur ordre des autorités aixoises, venait de vendre aux enchères ses moulins à blé.



e sombre tableau effraya-t-il M de Joannis ? Il ne refusa pas officiellement sa nomination mais ne vint à aucune des réunions du conseil de la communauté.



oachim Gilly, assuma pratiquement seul la gestion de la ville. Néanmoins, les Pertuisiens bénéficièrent de l’expérience et de la sagesse d’un homme compétent et estimé qui connaissait bien le fonctionnement de la communauté. Il avait déjà occupé le poste de greffier et classé les archives de la ville. Agé de 59 ans, toute sa vie s’était déroulée dans le milieu notarial pertuisien (plusieurs notaires portèrent ce nom). Sa femme dlle Anne Simon était fille de Pierre Simon bourgeois pertuisien (il prit le titre d’écuyer) et de Dlle Marguerite de Roux. Sa belle-famille évoluait dans un cercle de notaires, de bourgeois, de magistrats aixois, et surtout d’ecclésiastiques. Joachim Gilly perdit plusieurs enfants en bas âge. Des filles survécurent dont Delphine qui entra au monastère Ste Ursule de Pertuis sous le nom de Sœur de la Passion.



e drame de la Provence et de Pertuis se noua le 21 juillet 1720. Le lendemain de la signature de l’acte, dans la nuit du 21 au 22, un terrible orage s’abattit sur Marseille : pluie, grêle, éclairs, tonnerre. Certains témoins y virent un funeste présage.



a chaleur et l’humidité conjuguées favorisèrent la multiplication du vecteur de transmission de la maladie: les puces. A Marseille, la mortalité dans la rue de l’Echelle effraya. Les habitants retrouvèrent les réflexes de leurs ancêtres : l’isolement en se barricadant (les galères, l’Abbaye de St- Victor…) et surtout la fuite ! Les autorités chassèrent les mendiants étrangers (environ 3000). Quand le Parlement d’Aix alerté « sur le mal contagieux à Marseille », porta défense aux Marseillais de sortir de leur terroir et aux autres Provençaux de communiquer avec eux ou de les recevoir, à peine de la vie, il était trop tard. Dans les replis des hardes, tissus, vêtements, transportés par les fuyards, les colporteurs et les contrebandiers, la peste se propageait en Provence.

DANS LA TOURMENTE : LA PESTE.


Vue du port de Marseille au 18ème siècle Vue du port de Marseille au 18ème siècle
Vue du port de Marseille au 18ème siècle

Vue du port de Marseille au 18ème siècle

2006 - Port de Marseille au 18 ème siècle
Joseph Vernet, musée du Louvre
Encyclopédie Quillet



i des cités autour de Marseille, convaincues par les dénégations lénifiantes ou mensongères des autorités persistaient à croire à la bonne santé sanitaire de leur voisine, la vision dantesque du 2 août les détrompa ! Sur les neuf heures du soir, la ville parut s’enflammer ! Pour purifier l’air, des bûchers avaient été dressés le long des remparts, sur les places publiques, devant les maisons. Allumés alors que le soir tombait, leur immense rougeoiement des flammes luttait contre les panaches de fumée. Quand les « plates » et les « fascines » (planches et fagots) manquèrent, les habitants y jetèrent des chaises et des portes d’armoires. Durant trois jours, on « purifia » les maisons et les vêtements en brûlant une once de soufre, dans les habitations closes. Peine perdue, la peste emportait cinquante personnes par jour.



Pertuis, le 4 août, en séance du conseil, le 3ème consul Chateminois, annonça qu’une « maladie » faisait des ravages dans la ville de Marseille. Aussitôt les deux consuls ressortirent le « Règlement de Peste » de 1629. Dirigé par Joachim Gilly, un bureau de santé se mit en place Les intendants (conseillers) se réunissaient journellement. Tout en installant les premiers « cordons sanitaires » (mots inconnus à l’époque), le pire fut envisagé. Les habitants débutèrent la construction d’une enceinte infranchissable englobant les faubourgs, autour de la ville. Pour l’heure, Pertuis toujours au stade de la prévention, devait se protéger contre les fuyards tentant de franchir son terroir. Ceux-ci espéraient trouver leur salut dans « les montagnes » du nord.



es Pertuisiens, enrôlés dans des compagnies de gardes (15 de 20 hommes chacune) commandées par les notables pertuisiens, patrouillaient sans relâche. Parmi les capitaines de ces patrouilles, de Croze et D’Archimbaud. La Durance que l’on traversait avec un bac (barque ou bateau) constituait un atout. Les arrivants, autorisés à rester dans le terroir, (les « forains », gens de l’extérieur propriétaires d’un bien dans le terroir et les mendiants natifs de pertuis), étaient dirigés vers un lieu de quarantaine. A la fin de leur isolement, avant d’entrer dans la cité, ils subiraient l’application du « parfum », mélange de produits naturels et chimiques, émettant des fumées « purificatrices », lors de sa combustion.



n remit en usage les « billets », documents faisant office de passeports et les arrivants de lieux « soupçonnés » impitoyablement refoulés. Mais c’était l’été, et des clandestins franchissaient la Durance à gué.



août. Joachim Gilly, annonce la découverte de Marseillais « quêtant », dans la bastide du Sr Agnès : la Gardeselle, entre la Durance et la ville. Un garde installé à demeure empêchera la communication avec la population. Le bureau conseillé par Sr Estienne Bounaud, Me chirurgien, décide de garder ces suspects en quarantaine puis de leur appliquer « le parfum ».



eptembre 1720. Aux « barricades » ou « barrières » les entrées et sorties de la population intra-muros sont contrôlées. M d’Archimbaud, mandaté par Gilly, visite des bâtiments susceptibles de servir en lieux de soins ou d’isolements. L’hôpital de la Charité reçoit provisoirement les « moins suspects », qui effectueront une quarantaine écourtée, de 20 jours.



septembre, les officiers du Régiment d’Artois, en route pour Marseille logent à Pertuis. Les villes contaminées, subiront la surveillance impitoyable des soldats armés (la ligne).

Statue Saint Roch, église Saint Nicolas à Pertuis Statue Saint Roch, église Saint Nicolas à Pertuis
Statue Saint Roch, église Saint Nicolas à Pertuis

Statue Saint Roch, église Saint Nicolas à Pertuis

2006 Archives



septembre, sont nommés 2 commissaires par quartier. MM d’Archimbaud et de Croze n’y figurent pas.



septembre, les 1ers quarantenaires pertuisiens sortent. Auparavant ils subissent 2 parfums.



septembre, Joachim Gilly souligne la nécessité de se pourvoir d’une infirmerie, de la meubler, d’acheter des remèdes et de recruter un médecin, un apothicaire et un chirurgien, « au cas que par malheur cette ville se trouva affligée du mal contagieux ». Le couvent Ste-Claire, est choisi.



septembre, Le bureau de santé commence l’ :

« Estat des personnes qui sont mortes Dans cette ville De Pertuis de la maladie Contagieuse depuis le 25e 7bre 1720 que le Mal y a comancé jusque au 10e may 1721 quil A entierement finy et selon lestat fidelle Que chaque Comre (commissaire) de quartier qui en estoit Chargé *et des officiers de linfirmerie Corbeaux Et autres enployé mois par mois *nous ont donné »



’échange des clés des 2 maisons, fixé au 29 septembre, à la St Michel, n’eut pas lieu.



et 7 octobre, M de Laurens, Conseiller du Roy à Aix, vient aider Joachim Gilly à installer le blocus. Les Pertuisiens sont sommés de déposer leurs armes dans la maison commune.



ne « ligne » de soldats en armes rend infranchissables les limites du terroir : les sous-officiers logent dans le couvent des Tourrels et les officiers à « l’Archimbaude ».



’urgence du moment poussera-t-elle le 1er consul, M de Joannis, à assumer ses responsabilités ? A la fin du compte-rendu du greffier, une écriture différente note: « Laurens qui à signé apres avoir prié Mr de Joannis de signer qui n’a pas jugé a propos de le faire. »

Louis D’Archimbaud est présent, mais Joseph de Croze n’assistait plus aux réunions depuis plusieurs semaines : il avait quitté la ville.



octobre 1720. Joachim Gilly convoque un ultime conseil avant la fermeture du registre des délibérations. La ville sera gérée par le bureau de santé dirigé par les 2 consuls. L’heure est grave. La maladie investit le quartier de Vinory. Le conseil décide la formulation d’un vœu à Saint Roch dont on prie l’intercession pour apaiser « l’ire divine ». Les rassemblements étant interdits, Gilly ira seul à l’église, promettre au nom de Pertuis la célébration d’une messe, à perpétuité et tous les dimanches, dans la chapelle dédiée à ce saint.



er novembre. Une mortalité effrayante contraint le bureau à murer la rue des « Tisons » de Vinory. Les commissaires de quartier ravitailleront les habitants restés sur place.



novembre. Sr Jean Joseph Chateminois, 3ème consul annonce que Joachim Gilly est malade. Après l’avoir examiné, M Bertrand médecin et Dominique Bernard chirurgien subiront une quarantaine dans la maison sur la place que Joseph de Croze « a abandonnée » depuis l’acquisition de celle de M D’Archimbaud.



novembre. « Sr jean joseph chateminoys consul lieut gnal de police a fait scavoir que le Sr gilly son collègue vient d’avoir le malheur dexpirer par la vigueur de la maladie dont il estoit attaqué. »



de Joannis, à qui on envoie des émissaires, oppose un refus très net : il ne quittera pas sa bastide. Néanmoins, il promet de les soutenir dans leur démarche pour élire d’autres consuls.



n comité très restreint, sont nommés : Sr Joseph Ollivier Giraud (1er), Charles Chauvet (2ème) et Jean Joseph Chateminois (3ème).



algré le danger, l’inhumation de Joachim Gilly s’accompagna d’une cérémonie assez simple que l’on devinait empreinte d’émotion ! Il fut enterré dans la fosse commune en un lieu appelé plus tard « cimetière des pestiférés » puis « quartier des Morts ». Certains émirent le désir de lui élever un monument. Aussi pour reconnaître l’emplacement de son corps, on édifia un monticule de pierres blanches (couleur de la peste) en une sorte de « mosolée ».

Costume déstiné à préserver de la contagion Costume déstiné à préserver de la contagion
Costume déstiné à préserver de la contagion

Costume déstiné à préserver de la contagion

2006 - Il était confectionné en toile cirée



uand 10 mois plus tard, fut levé le blocus, une commission procéda à une ultime et longue désinfection de la ville. La maison de Joachim Gilly fut « parfumée » le 22 août 1721. Au décès du consul, les commissaires de quartier procédèrent à la destruction des éléments dangereux et il ne restait que quelques meubles : chaises et tables. Bien que déjà parfumée et blanchie à la chaux, sa maison subit de nouveau un double parfum. Les registres notariaux souffrirent-ils de ces désinfections successives ? L’acte d’échange des maisons de Croze et Archimbaud, du mois de juillet 1720 est à peine lisible tant le registre est abîmé !



ur la place du marché, celle de Croze, lieu de quarantaine du médecin et du chirurgien qui soignèrent Gilly, fut parfumée elle aussi. Quel fut le sort des maisons d’Archimbaud ?



urant deux mois, Louis d’Archimbaud, assista Gilly dans les préparatifs de prévention puis de soins. Mais peu à peu sa participation s’espaça : parmi ses proches la peste avait frappé. Le document officiel du parfum de la ville précise en quels lieux ils furent atteints.



u mois d’août 1721, le centre des opérations fut la maison commune ou hôtel de ville qui, rappelons-le, à cette époque, se situait en face du presbytère, entre les rues de l’Eglise et Bonne. Les « parfumeurs » progressaient par zones concentriques. A chaque séance, la commission partait de la maison commune où elle avait pris la quantité nécessaire de « parfum » préparé sur place. La composition de ce mélange de fleur de soufre, poivretine ( ?) Sandaraque (?), poudre à canon, antimoine, arsenic, orpiment, graines de lierre et de genièvre, respectait les normes officielles.



a 1ère désinfection, la plus proche du centre, le 20 août 1721, concerna une des deux maisons de M d’Archimbaud (sûrement la n°1). Une servante y était tombée malade. Transportée à l’infirmerie, deux heures après les premiers symptômes, elle y décéda. Comme chez le consul, les commissaires trouvèrent une pièce vide : tout avait été brûlé. Néanmoins, les orifices de la maison, portes, fenêtres, cheminées furent bouchés, et le parfum appliqué.



urant plusieurs jours, furent ainsi traitées entre 176 et 200 maisons ou appartements, et 9 bastides. Les autorités vérifièrent les comptes des commissaires de quartiers et donnèrent le nombre officiel de 364 morts, victimes avérées ou soupçonnées de la maladie.

Quelle incidence eut la mort de la servante dans l’installation de membres de la famille d’Archimbaud, dans une bastide au quartier du Gron ? Madame d’Archimbaud, Mme de Brochier et sa fille, M de Moutte, M de Comby et sa femme Mme d’Augustine, tous apparentés, crurent échapper à la maladie. Mme d’Augustine y décéda. Leur voisin, noble Antoine de Martelly requit le bureau de santé d’y établir une surveillance.



écidément, M de Croze tirait parti des pires situations ! Absent lors de la survenue de la maladie, il réapparut lors d’un événement dramatique. Débutant par une banale affaire de contrebande de tabac aux barrières de la ville, une émeute avec mort d’homme, éclata dans Pertuis. De Manosque, où il dirigeait les opérations contre la maladie, le marquis d’Argenson, émissaire du pouvoir royal, dépêcha le chevalier de Croze. Ce dernier, nanti du poste de commandant de la cité, disposa des pleins pouvoirs pour y rétablir et maintenir l’ordre. Certaines villes eurent à se plaindre de ces commandants qui commirent des exactions terribles. A Pertuis, ce ne fut pas le cas.



ette nomination sembla être une opportunité pour la carrière de Joseph de Croze. En 1725, il épousa Claire de Laurens, fille du conseiller Pierre de Laurens de Peyrolles. Il devint Conseiller du Roi à Aix. Sa fille épousa De Barnouin trésorier général de France, et son fils Joseph-Sébastien, une représentante de la famille Amable de Cadenet de Charleval.

AU TEMPS DES CROZE




près l’échange de 1720, trois générations de Croze se succédèrent dans notre hôtel de ville.

Joseph de Croze, l’acquéreur du bâtiment (voir paragraphe précédent).

Joseph-Sébastien de Croze. Né en 1732, à l’âge de 25 ans il épousa Dame Julie Catherine Amable de Cadenet de Charleval. L’identité des beaux-parents prouve combien cette alliance fut valorisante pour la famille de Croze : Pierre César Amable de Cadenet de Charleval et Angélique Marie Barrigue de Monvallon.



eux ans après l’union, naquit leur unique enfant, un fils, Joseph. Il semble que la vie mondaine de la femme de Joseph-Sébastien fut des plus agitée. Joseph Sébastien mourut en septembre 1778. Il demanda à être enterré auprès de son père et de son grand-oncle dans le mausolée de la chapelle St Jacques, près de l’hôpital.

Joseph de Croze. Né en 1759, il fut l’héritier universel de son père.

L'escadre Française aux ordres du Comte d'Estaing chassant l'escadre Anglaise 1778 L'escadre Française aux ordres du Comte d'Estaing chassant l'escadre Anglaise 1778
L'escadre Française aux ordres du Comte d'Estaing chassant l'escadre Anglaise 1778

L'escadre Française aux ordres du Comte d'Estaing chassant l'escadre Anglaise 1778

L'escadre Française aux ordres du Comte d'Estaing
Tableau d'Ozanne - Encyclopedie Quillet



i la Méditerranée et les galères influèrent sur la destinée des premiers propriétaires de l’hôtel de ville de Pertuis, avec Joseph de Croze, le rôle joué par les éléments maritimes devint plus déterminant. Depuis le fort de Notre-Dame de la Garde, dominant Marseille, deux générations de Croze avaient surveillé la trop remuante ville (au gré des souverains) et guetté les embarcations ennemies. Plus aventureux, leur descendant Joseph de Croze, s’embarqua pour les Iles du Vent et l’Amérique où il fut témoin et acteur de faits exaltants et d’une grande portée politique. La Guerre d’Indépendance d’Amérique, Benjamin Franklin et l’engagement de M de La Fayette, contribuèrent à la propagation d’idées novatrices et d’un souffle de liberté dans le royaume de France où tant de sujets aspiraient à des changements !



près la Déclaration d’Indépendance du 4 juillet 1776 et la signature du Traité d’Amitié du 8 février 1778 entre la France et les Etats-Unis, les Français se battirent officiellement aux côtés des Américains. L’histoire a retenu le nom de Rochambeau, mais n’oublions pas les nombreux marins provençaux partis de Toulon parmi lesquels figura Joseph de Croze.



a carrière militaire se déroula dans la marine, à Toulon. Sa formation théorique fut très rapide, nommé garde-marine le 6 juillet 1777, il embarque le 10 sur le Hardi, un vaisseau de 64 canons. Garde-marine ou garde de la marine correspondait à un actuel élève de l’Ecole Navale. Il rentra le 1er décembre de la même année.



e 31 mars 1778, il embarque sur le Guerrier, vaisseau de 74 canons avec le grade d’enseigne de vaisseau. L’homme qui, le 15 mars, prit le commandement du Guerrier à Toulon, était déjà célèbre. Sur La Boudeuse, de 1766 à 1769, Louis-Antoine de Bougainville avait accompli un périple décrit dans son ouvrage à succès : « Voyage autour du monde».



e 13 avril 1778, Le Guerrier avec à son bord de Croze, appareille vers l’Amérique, dans l’escadre dirigée par l’amiral Charles-Henri d’Estaing. Le vaisseau participe aux opérations sur les côtes d’Amérique devant la Delaware, New York et Newport. Dans l’escadre, sur le vaisseau Le Fantasque, se distingue un « voisin » : le Bailli de Suffren dont la mère est originaire de la Tour d’Aigues. Puis, l’escadre se replie à Boston. En Amérique, de Croze passa sur le Sénégal, corvette de 16 canons prise aux Anglais.



e 9 décembre, l’escadre d’Estaing partie au sud, vers les Isles-sous-le-Vent, jeta l’ancre au Fort-Royal de la Martinique. En ces lieux, deux siècles auparavant, les galions espagnols lourds du butin arraché à leurs colonies, subissaient les attaques des pirates et flibustiers. Pour l’heure de féroces combats y opposaient les Français et les Anglais. Six mois après son arrivée, de Croze obtint un congé (le 9 mai 1779). Quelques mois auparavant, son père était décédé à Pertuis (septembre 1778) et son héritier devait mettre de l’ordre dans ses affaires. Durant ce répit de quelques mois, De Croze épousa Marie Thérèse Amable Rose l’Eglise de Cadenet de Charleval.



l reprit son service à Toulon, le 18 décembre 1779. Sur La Mignonne, frégate de 8 canons, il fut sous les ordres d’un grand navigateur récemment promu capitaine de vaisseau, Entrecasteaux. Ce Provençal eut une carrière tout aussi passionnante que celle de Bougainville. L’une de ses dernières missions lui fut confiée par Louis XVI : partir à la recherche de La Pérouse.

Vaisseau de guerre du 18ème siècle Vaisseau de guerre du 18ème siècle
Vaisseau de guerre du 18ème siècle

Vaisseau de guerre du 18ème siècle

2006 - Archives



u 18 décembre 1779 au 28 mars 1780, La Mignonne rechercha entre les Baléares et Gibraltar, Le Hardi et le Lion afin de les prévenir de la présence dans ces eaux de 20 vaisseaux anglais.




a Méditerranée, enjeu dans la guerre franco-anglaise, fut le théâtre de grandes batailles, notamment en Crète. Les missions de surveillance, d’escorte et de combats se succédaient. Ce fut-il pour se battre qu’il embarqua sur le Terrible, vaisseau de 110 canons, le 13 mai 1780 ? La fin de sa carrière approchait. Il prit la mer une dernière fois, à bord du Lion, du 24 mai 1780 au 25 mars 1781. Il prit part à la prise d’un convoi. Le 25 mai 1782, à l’âge de 23 ans, pour des raisons de santé, il obtint la permission de prendre sa retraite et revint s’installer à Pertuis.

Joseph de Croze à Pertuis.



es 15 dernières années du 18ème siècle, riches en évènements, rebondissements, retournements de situation, furent bien difficiles (parfois impossibles) à traverser pour nombre de Français. Toutefois, de cette période agitée, émergèrent des hommes qui réussirent à s’adapter. De Croze fut l’un d’eux. Mais fut-il à l’image de Fouché, Barras, Talleyrand, un opportuniste qui s’adapta au prix de reniements ou de compromissions ? Ou à celle de La Fayette, Condorcet… un aristocrate séduit par des idées libertaires mais dépassé par la violence des évènements ? La complexité des actions du noble Pertuisien, laisse le champ ouvert aux hypothèses.



vant la Révolution, la vie politique de Croze à Pertuis fut fort discrète, voire inexistante. Le 5 juin 1783, une lettre arrivée de Versailles et adressée à Mrs les officiers municipaux de la ville de Pertuis, leur interdit, de manière claire et péremptoire de le nommer, à une charge municipale. Son état d’officier de marine « retiré » lui conférant l’exemption qui, au dire du rédacteur de la missive, était « une prérogative accordée par le Roi à ce corps … je ne doute pasque vous ne vous conformiez exactement à ce que je vous explique des intentions de sa Majesté pour ce qui regarde M de Croze ». Fortuné, ce jeune noble mena une vie très confortable. Sa famille s’agrandissait. Des naissances rapprochées lui donnèrent 5 enfants, dont certains disparurent en bas âge.



ais, lors de ses voyages dans les Antilles, à Saint-Domingue (Haïti), en Amérique, lieux où la franc-maçonnerie bien implantée exerçait son influence, de Croze rencontra certainement des adeptes des idées nouvelles. De retour en France, il côtoya dans les salons les nobles « éclairés » débattant des grands sujets du moment : la Liberté, l’Esclavage, les théories des économistes.



n document notarié dressant la liste des ouvrages de la bibliothèque de la famille de Croze, témoigne de l’éclectisme culturel de son milieu familial. Les livres d’histoire y côtoyaient les ouvrages religieux (la Bible mais aussi des œuvres plus sulfureuses relatives au Jansénisme et au protestantisme), littéraires (les Pensées de Pascal, les Voyages de Gulliver), d’aventures (voyage au Brésil), philosophiques (œuvres de Voltaire et 8 volumes de l’Encyclopédie).



de Croze, ouvert aux idées modernes de son temps, était représentatif de beaucoup de nobles libéraux du « siècle des Lumières » ainsi que le démontre le choix des parrain et marraine de son fils Joseph Sébastien Louis Marie, né le 8 mars 1786 : un avocat Me Louis Aillanne et une noble Dlle Marie Joseph de Quiqueran Beaujeu.



la même période, il participe à la création d’une loge maçonnique à Pertuis. Avec deux autres nobles, de Bonaud et d’Ollivier Giraud, quatre hommes de loi et deux bourgeois, il fonde, sous l’égide du Grand Orient, la loge du nom de « Triomphe de l’Amitié de Pertuis. » Le marquis Louis Alphonse de Bonaud d’Archimbaud, habitant Bedoin en est membre.



endant la Révolution. Pour les représenter aux réunions préparatoires des futurs Etats Généraux, les nobles de Pertuis non possédants fiefs (de Barquier, de Solerii, de Bonaud, d’Ollivier Giraud, de Rascas) élisent le 7 mars 1789, Joseph de Croze.

Néanmoins cette nomination a peu d’incidence dans son engagement dans la vie politique de Pertuis. Des évènements plus graves le ramèneront sur le devant de la scène.



n 1792. Comme les grandes villes où se créaient des « clubs », deux sociétés se constituèrent à Pertuis. Rapidement, ces lieux de discussions politiques qui accueillirent parfois des Pertuisiens motivés dans leur choix par de vieilles animosités voire des haines ou des intérêts particuliers, se muèrent en deux clans farouchement opposés. La guerre civile menaçait. Malgré des réconciliations spectaculaires clôturées par des farandoles endiablées, les dissensions dans la population ne s’effaçaient pas. Elles aboutirent à des affrontements terribles au mois de juillet 1792 (6 morts et 50 blessés). Joseph de Croze fut un des Pertuisiens apeurés qui prirent la fuite. Néanmoins ce départ ne fut pas une émigration comme celle des nobles dans les pays étrangers ennemis. Malgré la progression spectaculaire des idées républicaines (abolition de la Monarchie et proclamation de la République le 22 septembre), de Croze resta en Provence. A Marseille il mena une vie politique très active.

Blason de la famille de Croze Blason de la famille de Croze
Blasons de la famille de Croze

Blason de la famille de Croze

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n 1793. Durant quatre ans, les zélés patriotes pertuisiens, avaient reproché à certains de leurs concitoyens leurs manœuvres royalistes déguisées. Au cours de l’année 1793, la crise entre Girondins et Jacobins contraignit les habitants à dévoiler leurs intentions de façon claire. Mais, après l’arrestation des Girondins à Paris, le 2 juin 1793, Marseille entra en rébellion contre la Convention et tenta d’entraîner le Midi. Avec plus ou moins de rapidité et d’enthousiasme d’autres villes et départements se rallièrent à ce mouvement.



oseph de Croze, distingué par les dirigeants marseillais, occupa une place éminente lors de cette crise fédérative. Il revint à Pertuis, cherchant à faire punir les coupables des massacres de royalistes de juillet 1792. A Paris, la Convention réagit violemment : les Fédéralistes Marseillais recrutaient et armaient des volontaires pour marcher sur Paris. Mais ce mouvement était très fortement infiltré par les royalistes.



es Pertuisiens étaient en émoi. Quel parti prendre ? Les Marseillais leur demandaient le serment de ne plus reconnaître la Convention. Mais quel avenir avait ce mouvement ?



’enthousiasme fut également mitigé pour fournir des soldats et des armes, à l’armée des fédéralistes (appelée aussi « l’Armée du Midi ») dont les chefs étaient d’anciens nobles.



u fur et à mesure qu’approchait le général Carteaux à la tête des armées de la Convention, des convictions fédéralistes fondirent rapidement. Pertuis ouvrit instantanément ses portes aux troupes de la Convention. Et c’est une ville illuminée et en fête qui les accueillit. Les troupes fédéralistes commandées par de Croze subirent une défaite totale à Cadenet.



es représailles furent immédiates. Carteaux laissa un souvenir amer en Provence. La Convention prit immédiatement un arrêté ordonnant l’arrestation ainsi que la confiscation des biens des Pertuisiens qui avaient pris part à la rébellion. Joseph de Croze, membre de l’administration de Marseille et commandant d’un détachement fut le premier visé. Ses maisons furent confisquées. Le 25 août, les troupes de Carteaux entrèrent dans Marseille, rebaptisé plus tard du nom infamant de « Ville sans Nom ». Le 28 août le tribunal révolutionnaire entrait en action.

Siège de Toulon en 1793 Siège de Toulon en 1793
Siège de Toulon en 1793

Siège de Toulon en 1793

Le monde et son histoire
Encyclopédie Bordas Laffont





vec 14 autres Pertuisiens, Joseph de Croze trouva refuge dans Toulon qui ouvrit son port à une flotte anglo-espagnole en avril 1793. Croze et ses compagnons (dont Ollivier-Giraud) ne furent plus seulement émigrés mais « traîtres à la Nation ». Toulon tomba quelques mois plus tard (le 19 décembre) à la suite du siège dirigé par Bonaparte qui s’y fit remarquer. De Croze échapperait-il aux massacres en masse qui suivirent la reprise de la ville ?



la même période, la municipalité de Pertuis déplorait le vieillissement et le délabrement de sa maison commune abritant désormais sa municipalité républicaine. Le danger d’écroulement était grand : la cloche et son système d’horloge trop lourds avaient fissuré le mur. A seulement quelques mètres, la belle et vaste maison de Joseph de Croze sous séquestre était bien tentante ! Elle fut réquisitionnée.



écidément la chance poursuivait de Croze ! Il sortit indemne de Toulon et le 9 thermidor an II, Robespierre et ses amis tombèrent. La Terreur prit fin. Les élections de vendémiaire an IV indiquèrent un glissement vers la droite. Joseph de Croze réussit à se faire rayer de la liste des émigrés et à récupérer ses biens confisqués. Il revint alors à Pertuis et s’y maria.

« L’an trois de la Republique françoise une et indivisible et le quatre prairial sont comparus par devant nous officier public decadoire en cette commune de Pertuis soussigné, citoyen joseph croze proprietaire de cette commune… »



e citoyen Joseph de Croze, veuf, épousa la citoyenne Marguerite Rose Ebrard de Gap. Le libellé de l’acte et l’identité des témoins, Etienne Gerard notaire, Marc André Richier directeur de la poste aux lettres, Joseph Pancrasse Jullien préposé aux subsistances militaires et Joseph Aillaud boulanger soulignaient l’importance des changements intervenus en 10 ans.



e 4 brumaire an IV (26 octobre 1795), le Directoire prit la direction du pays. Se dirigeait-on vers la paix et la réconciliation ? Joseph de Croze allait-il enfin mener une vie paisible dans sa maison de Pertuis ?



ous le Directoire. Les élections de l’an V, traduisirent une infiltration des instances dirigeantes du Directoire par les royalistes désireux de revanche. Six mois durant, Pertuis vécut des heures dramatiques : la loi était impuissante face aux meurtres et représailles. A Paris, sentant monter le danger, le Provençal Barras, ancien vicomte de Fox-Amphoux, ex Montagnard, devança les « conjurés ». Prenant prétexte d’un complot en préparation, il fit un coup d’état, le 18 fructidor an V avec l’aide de l’armée. Il instaura aussitôt un régime de Terreur pour éliminer les opposants royalistes et fédéralistes. Condamnations à mort, déportations, bannissements, fusillades de prêtres, contrainte à l’exil des émigrés rayés des listes depuis seulement 10 mois. On était revenu aux pires moments de la Révolution.

Le provençal Barras membre du directoire Le provençal Barras membre du directoire
Le provençal Barras membre du directoire

Le provençal Barras membre du directoire

Portrait de Barras
Cours d'histoire
Malet Isaac Hachette



a répression toucha 2 Pertuisiens ainsi que le mentionnent des procès-verbaux du Directoire.



tienne-Gaspard Billard. Son père, le notaire Hugues Billard, chef des royalistes de Pertuis, avait été condamné à la guillotine à Marseille (4 pluviôse an II, 23 janvier 1794) après l’arrivée de Paris de Barras et Fréron. Etienne Gaspard, le fils fut accusé par le Directoire d’avoir émigré à Toulon où il s’était joint aux Anglais. Rentré après la chute de Robespierre, il avait été élu juge au tribunal civil en l’an V. Il passa en jugement en l’an VII.

« Joseph Croze, noble de Pertuis (Vaucluse), complice d’Etienne-Gaspard Billard à Toulon, ayant déposé une réclamation au comité de législation accueillie par Durant-Maillane et auquel Mangourit, résidant de France dans le Valais, a fait retirer son passeport en l’an VI parce qu’il y fréquentait des émigrés et tenait des propos contre le gouvernement, émigré de Vaucluse maintenu : 23 floréal an VII. »



n 1799, le maintien du statut d’émigré de Joseph de Croze, contribua-t-il à faciliter la prolongation de son usage comme hôtel de ville ?



ais jusqu’en 1827, la municipalité de Pertuis ne fut pas propriétaire du bâtiment abritant sa mairie, elle l’acquit par achat.



Sources.

Archives communales de Pertuis : Registres de délibérations et cadastre des époques étudiées.
Registre de Police de 1720.
Parcelles des mandats des trésoriers.
Microfilm. Naissances, Mariages, Décès de 1793- an X.
Archives départementales d’Avignon. Registre du notaire Joachim Gilly.
Service historique de la Marine à Toulon : Campagnes effectuées par Joseph de Croze.
M Marsily : Pertuis à l’époque féodale. Bulletin municipal N° 5
Edgar Faure : La banqueroute de Law. Gallimard.
L Seigle : Revue populaire de Pertuis.
Bibliothèque Méjanes. Aix-en-Provence :
Papon : Histoire générale de Provence.
Haitze : Histoire de la ville d’Aix.
Blanc. Travaux sur le maintien de la noblesse.
Carrière-Courdurié-Rebuffat : Marseille Ville morte. La peste de 1720.
Site Internet des archives nationales : Procès-verbaux du Directoire exécutif. An V-AnVII

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