Chroniques de Pertuis

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Chronique 3 - « L’hôtel de ville ou Mairie. »
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artant de la place du marché, longeons l’église Saint-Nicolas et parcourons quelques mètres. Face au visiteur se dresse un superbe édifice : l’hôtel de ville. Vaste, élégant, la perspective en a été améliorée en 1866, par l’élargissement de la rue Voltaire. L’histoire de notre hôtel de ville, prit ses racines dans celle de la famille Archimbaud.

Hotel de ville Hotel de ville
Hotel de ville

Hotel de ville

© 2005-2006 Photo Mr Raymond Gibert.

Au temps des Archimbaud



es Pertuisiens de la fin du 18ème siècle furent bien inspirés quand ils choisirent ce bâtiment pour abriter leur mairie. Ainsi qu’en attestent de nombreux documents d’archives, les Archimbaud, les premiers propriétaires, pouvaient s’enorgueillir de tous leurs ancêtres, acteurs des évènements forts de l’histoire tant civile que militaire de notre cité.



istoire civile :
Dans Pertuis soumis aux pouvoirs du seigneur et de Montmajour, l’édification de l’institution communale, fut lente et ardue. Les élus négociaient, discutaient, arrachaient, achetaient les privilèges et les droits pour la communauté. Aussi devaient-ils se prévaloir d’une grande pugnacité de caractère. Est-ce ce trait de caractère qui motiva les Pertuisiens à élire si souvent des membres de cette famille à des postes de commandement ?
-En 1380, les Pertuisiens obtiennent le droit d’élire trois syndics (anciennement estimateurs) et dix conseillers annuels. Parmi ceux qui au poste de syndic oeuvreront à l’édification de la communauté : Guilhermus (1458), Johanes (1475) et Bertrandus (1491, 1497) Archimbaud.
-Novembre 1524, les syndics Pierre d’Arles (D’Arlatan ?), Hierosme Lieutaud et Bertrand d’Archimbaud, mènent les négociations pour l’acquisition du moulin à blé que François 1er avait fait construire pour la subsistance de ses troupes en route pour l’Italie. Le patrimoine de la communauté s’enrichit d’un bâtiment dont l’histoire influera durant deux siècles sur celle de la ville. Ce moulin est toujours là, au quartier de la Montagnière.
-Le 2 novembre 1539, lors du renouvellement des syndics, le conseil délibère de substituer au titre de « syndic », jugé désuet, celui plus flatteur de « consuls ». Les premiers « consuls » sont Jean Laurens, Bertrand d’Archimbaud (réélu en 1540 et 1593) et Poncet Pascal.



istoire militaire :
Dans la ville de Pertuis, comme le répétaient ses dirigeants, aux nobles de fraîche date qui cherchaient à se faire exempter de la taille, tous les biens étaient roturiers. Même nobles, (grande ou petite noblesse, de robe ou d’épée) tous leurs propriétaires en payaient l’imposition.

Blason de la famille Archimbaud Blason de la famille Archimbaud
Blasons de la famille Archimbaud

Blason de la famille Archimbaud

2006 Archives...



usqu’au début du 18ème siècle, nombreux furent les nobles qui séjournèrent ou vécurent à Pertuis. Mais, hormis les Forbin, Pontevès, Castellane, peu d’entre eux, pouvaient prétendre appartenir à celle dite « grande ». Presque tous les autres (Aymar, Arnaud, d’Anjou, Bayon…) avaient accédé à la noblesse par l’achat d’offices dans les grandes institutions aixoises (Cour des Comptes, Parlement). Trois familles pertuisiennes gagnèrent la leur par les armes, Chabert, Ravelly et Archimbaud. Le 16ème siècle, fertile en conflits armés, leur en offrit l’opportunité : Honorat Chabert fut distingué par Charles VIII sur les champs de bataille en Italie. Toutefois à Pertuis, la séparation entre nobles d’épée et de robe perdit de sa netteté.

Blason de la famille Archimbaud Blason de la famille Archimbaud
Blasons de la famille Archimbaud

Blason de la famille Archimbaud

2006 Archives...



our assurer la pérennité de leur lignée, les « nobles » pertuisiens appliquèrent la stratégie des familles qui devaient caser une grande fratrie sans disposer de grandes fortunes. Le droit d’aînesse évitait le morcellement du bien familial. Restaient alors pour les cadets, les carrières ecclésiastiques, militaires ou l’achat d’offices. Le mariage des filles, occasion de nouer de solides et flatteuses alliances, écornait sérieusement la fortune familiale. Aussi les couvents accueillaient-ils en grand nombre, celles que l’on ne mariait pas. Le versement de la « dot » au monastère, les écartait des futurs partages successoraux.


es guerres de Religion, offrirent aux plus aventureux, l’occasion de briguer des titres.

-Le 18 août 1589, réfugiée dans Pertuis, la cour du Parlement nomme pour chaque quartier un capitaine, homme aux pouvoirs très étendus, allant jusqu’au droit de donner la mort.
-Quartier Saint-Pierre : Jean Lourd.
-Quartier Royère : Jean Chabert.
-Quartier Beaujeu : François de Beau D’Aigluns.
-Quartier Vinory : François Rey.
-Quartier Saint-Nicolas : Philippe Archimbaud.
-Quartier Lambert : Gaspard Arnaud.



ur les 6 capitaines 5 étaient ou deviendront nobles. Huit ans après, alors qu’on approchait de la paix (signature de l’Edit de Nantes en 1598), c’est au poste de 1er consul, dévolu à un noble, que Philippe d’Archimbaud fut élu en 1597. Après son décès, ses descendants gardèrent le titre de noble. Parmi ces derniers, Pierre, à la forte personnalité, contribua au renom de la famille. Aide major et lieutenant des galères du Roy , il possédait une bastide au quartier de Saint-Jean : « L’Archimbaude ». Mais, en 1605, une singulière et dramatique aventure faillit compromettre sa destinée : la trahison de Louis d’Allagonia.

1605, le complot du Sieur de Meyrargues. Durant les dernières années du règne d’Henri IV, intrigues, complots et conjurations se multiplièrent autour du monarque. Au nombre des motivations de leurs instigateurs, figurait en bonne place l’ambition. Ce fut elle qui poussa Louis d’Allagonia, baron de Meyrargues à franchir le pas. La fortune l’avait pourtant bien favorisé : capitaine des galères de Marseille, 1er procureur du pays, riche, allié par son mariage aux puissantes maisons de

Galère du Roy Galère du Roy
Galère du Roy

Galère du Roy

Extrait du
dictionnaire Larousse en 3 Volumes

Chevreuse et de Joyeuse. Cela ne lui suffit pas. Il convoita le poste de viguier de Marseille. Il ne l’eut pas. Dépité, il projeta de livrer Marseille aux Espagnols. Pour l’aider dans l’entreprise, il recruta un forçat. Ce dernier, effrayé par l’ampleur de l’affaire prévint le gouverneur de Provence qui avisa aussitôt le roi. Mais, le Sr d’Allagonia était un haut personnage jouissant d’appuis importants. Il occupait une position-clé dans Marseille si souvent tentée par la rébellion. Cette cité avait ouvert ses portes à Henri IV, 9 ans auparavant, après le meurtre de son dirigeant, Casaulx, qui lui aussi avait fait appel aux Espagnols. Le roi ordonna d’attendre et de mettre d’Allagonia sous surveillance discrète.



es coïncidences compromettantes. A la même période, septembre 1605, l’assemblée des Etats réunie à Aix confia une mission à l’intrigant. Il devait présenter et défendre à la Cour, une cause concernant les officiers de justice. L’accompagnèrent dans cette mission les consuls, d’Aix, Tarascon, Sisteron et de Pertuis : Pierre d’Archimbaud.



la Cour, la surveillance du Sr d’Allagonia se resserra. On nota des rencontres secrètes avec l’ambassadeur d’Espagne. Un soir, surpris dans leurs conciliabules, les deux hommes furent arrêtés. Pour le traître provençal, ce fut immédiatement la Bastille et des interrogatoires sévères. Arrêté le 5 décembre, le Sr de Meyrargues était décapité le 19. Le corps fut coupé en quatre quartiers accrochés aux quatre portes principales de Paris. La tête expédiée à Marseille, fut accrochée au bout d’une pique à la porte Réale. Elle servit d’avertissement aux Marseillais tentés par l’aventure de la rébellion !



uelle consternation chez les autres émissaires provençaux ! Plus que tout autre, Pierre D’Archimbaud, officier de galère comme d’Allagonia, était soupçonnable de complicité. Les quatre consuls vinrent se jeter aux pieds du roi pour se justifier. Henri IV se déclarant assuré de leur innocence et fidélité les rassura et leur recommanda de continuer à le bien servir.



ans Pertuis, le patrimoine bâti des Archimbaud refléta cette ascension sociale. Avec la bastide deux vastes et belles maisons dans le quartier Saint-Nicolas affichèrent orgueilleusement leur réussite. Pour présenter ces deux demeures intra-muros, nous nommerons n°1, celle présente dans le cadastre de 1567, et n°2, celle de construction plus tardive et qui deviendra notre hôtel de ville actuel.

Maison n° 1.

Porte dans l'impasse derrière l'actuel hôtel de ville Porte dans l'impasse derrière l'actuel hôtel de ville
Porte dans l'impasse derrière l'actuel hôtel de ville

Porte dans l'impasse derrière l'actuel hôtel de ville

© 2005-2006 Photo Mr Raymond Gibert.



escendons la rue Voltaire actuelle et dépassons l’hôtel de ville jusqu’à une courte impasse longeant l’arrière de l’édifice. Au bout de cette « androune (expression des cadastres anciens), une imposante porte signale une maison d’importance. Si l’on contourne le pâté de maisons en empruntant la rue Durance, on constate qu’une deuxième porte (actuellement condamnée) permettait d’accéder à cette voie très passante. De ces deux portes, inscrites dans une travée toscane, la plus grande portant des armoiries, s’ouvre sur l’impasse !



ette disparité illogique trouve son explication dans l’histoire du lieu. Jusqu’au milieu du 17ème siècle, la famille d’Archimbaud n’eut que cette maison. La grande porte, entrée principale de la demeure, s’ouvrait sur une cour avec une étable et des caves.



ermée de nos jours, souffrant de dégradations, cette demeure n°1 vécut pourtant des heures exaltantes ! Elle eut l’honneur de recevoir le prince de Pologne sous le règne de Louis XIII.

La maison de M d’Archimbaud accueille le prince de Pologne.


’accueil du prince Casimir (ou Jean Casimir) en 1639, donna lieu à une « entrée ». Mais comme d’autres villes provençales ayant eu l’honneur de cette visite, Pertuis n’en tira pas gloire ! L’aventure rocambolesque à souhait, digne d’un roman d’Alexandre Dumas, amusa fort, à leurs dépens, la Provence, le royaume de France et même l’Europe!

Porte dans la rue Durance Porte dans la rue Durance
Porte dans la rue Durance

Porte dans la rue Durance

© 2005-2006 Photo Mr Raymond Gibert.



our rendre justice aux Pertuisiens de l’époque, trompés par l’ambiguïté d’une affaire dont ils ignoraient les dessous politiques, la relation des motifs de la venue du prince en France se révèle indispensable. Elle a été écourtée au possible !



a guerre de Trente Ans dévastait une partie de l’Europe. Le 19 mai 1635, la France déclara la guerre à l’Espagne. Les Espagnols, contactèrent le demi-frère du roi de Pologne, le prince Casimir ou Jean Casimir pour l’engager comme chef militaire. Au grand dam de notre ambassadeur, le prince accueillit favorablement cette offre.



visé immédiatement, Richelieu irrité, ordonna la surveillance de Casimir. De la Pologne à l’Espagne, la route était longue ! Le ministre guettait une entrée en France. Rusé, Casimir rejoignit la ville de Gênes en empruntant les possessions du Saint-Empire. Il arriva ainsi au port de Gênes où l’attendait une galère espagnole pour rejoindre Barcelone.



’amour retint le Prince à Gênes. Il remit à plus tard la traversée sur une galère génoise. Les espions français avertirent les autorités provençales. Le 4 mai 1638, Casimir se lança sur la Méditerranée. Les gardes du gouverneur de Provence, commandés par M de Chantereine, attendirent l’escale sur le sol français. Ils eurent deux puissants alliés : la Méditerranée et le Mistral. Par deux fois, échappant à la vigilance française, le prince malade descendit à terre. Vraiment trop fatigué, il prolongea sa 3ème escale dans le port de St-Tropez, sous un nom d’emprunt. Le lieutenant de la ville fit aviser le gouverneur de Provence. Mais ce dernier ne fut pas assez rapide. Il dépêcha le Sr de Chantereine qui constata à son arrivée à St-Tropez, que le prince était déjà sur la route de Marseille. Aussitôt la poursuite reprit.



Marseille même scénario ! La galère génoise venait de quitter le Château d’If, place forte pourtant très surveillée. Les éléments favorisèrent encore le gouverneur. L’embarcation malmenée par la tempête relâcha à la tour de Bouc près de Martigues. Au nom des accords entre la république de Gênes et Marseille, les passagers jouissaient de l’immunité. Ils ne descendirent à terre que sous la menace de l’artillerie de la Tour et les soldats les consignèrent dans la citadelle. Dans la crainte d’une réaction de Gênes, le gouverneur décida leur transfert à l’intérieur des terres provençales. L’affaire était délicate ! Officiellement, les passagers étaient des voyageurs comptant des gentilshommes polonais (le prince Casimir cachait son identité). N’étant pas en guerre avec la Pologne, il ne fallait point courir le risque de provoquer un éclat. Le gouverneur expliqua au groupe qu’il connaissait la présence du prince et qu’il ne voulait point le laisser partir sans le recevoir avec honneur.



e groupe fut transféré à Salon, dans le palais archiépiscopal. En route le chef des gardes le Sr de Chantereine reconnut Casimir en soudoyant un voyageur. Dans le carrosse du gouverneur, le prince de Pologne regagna ainsi sa « résidence de Salon » pour un séjour de 15 jours ! Les 15 jours passèrent, l’enfermement se prolongea. Dans l’Europe indignée ce fut la mobilisation ! Missives et démarches de la République de Gênes, du roi de Pologne, du Pape Urbain VIII ! Richelieu ne se laissa point fléchir. Dans Avignon, le vice-légat du Pape et des complices de haute lignée tentèrent de faire évader le prince. Echec !

Lit du 17ème siècle Lit du 17ème siècle
Lit du 17ème siècle

Lit du 17ème siècle

Gravure Abraham Bosse



a situation militaire dramatique du moment, poussait Richelieu à l’intransigeance. Le transfert de notre « hôte » à la citadelle de Sisteron fut décidé. Le 11 octobre 1638, Pertuis reçut l’Ordonnance du gouverneur pour l’accueillir. Le « voyage » en plusieurs étapes fut minutieusement préparé. Son « entrée » dans notre cité eut lieu le 9 février 1639.



uparavant, les consuls pertuisiens avaient diligenté le serviteur de ville à Salon porter une lettre à M de Grignan, chef militaire de la Provence, pour connaître la date de départ du cortège. En possession du renseignement, Pertuis avait préparé une maison digne d’accueillir le prince. On opta pour celle de Monsieur d’Archimbaud. Comme pour M de Vitry, la Tour d’Aigues décrocha « la tapisserie » du château et la fit transporter dans le carrosse de M le marquis d’Orgon jusqu’au pont de l’Eze où François Martin la prit et l’apporta chez les d’Archimbaud. Estienne Pichot la cloua autour des lits.

-Louis Carbonier et deux « fames » dressèrent les lits et leur garniture pour trois jours.
-On acheta un carteyron de chandelles de suif pour l’éclairage de la salle et de la chambre du prince.
-Deux boutiques furent réquisitionnées pour abriter son corps de garde.
-Quatre personnes dont Louis Lourd furent préposées au chauffage de la chambre, de la salle et du corps de garde (bois et sarments).



e prince arrivant de Lambesc fut accueilli au bateau de Cadenet. Dès cet instant, se concrétisa un mélange ambigu de solennité attachée à l’entrée d’un grand personnage et de surveillance d’un prisonnier. Les consuls et leur suite de notables, arrivèrent sur 12 chevaux loués. Huit hommes avaient été recrutés pour « charrier et ayder à descharger les hardes du prince et des Sr de Chantereine et de Grignan. ». Des Pertuisiens armés assuraient la surveillance : 1 capitaine, 3 sergents et 91 soldats, marchant au son du tambour. Signalons que le Sr de Chantereine avait sa propre escorte de 37 gendarmes et 6 sous-officiers.

Mousquetaire au temps du roi Louis XIII Mousquetaire au temps du roi Louis XIII
Mousquetaire au temps du roi Louis XIII

Mousquetaire au temps du roi Louis XIII

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n « pastissier », François Gaudon, habitant à côté de la maison d’Archimbaud, nourrit les 8 soldats gardant la chambre du prince en permanence. Tous les gens de « l’escorte » prirent leurs repas chez les « hostes » de la ville. Comme il était de tradition, le vin local désaltéra les personnalités. Tous les soldats reçurent des munitions. Pierre Esmieu, potier d’étain, fournit 6 livres ½ de balles de plomb et Jacques Silvy, « poudrier » qui tenait la fabrique (martinet) au bord de l’Eze, 24 livres ½ de poudre.



e prince resta 3 jours. Quand il fut remis, dans un grand déploiement de gardes pertuisiens (88) aux autorités de Manosque, le trésorier de Pertuis calcula le montant des dépenses : 427 livres 15 sols. Cette somme représentait beaucoup pour notre ville en grande difficulté financière : la guerre pesait d’un poids terrible sur les finances locales.



e prince de « Poulougne » garda-t-il au moins un bon souvenir de son passage dans notre ville ? Il ne semble pas. Dans la citadelle de Sisteron, il reçut la visite de proches auxquels plein d’amertume, il relata cette épopée peu glorieuse :
« Je ne te parle pas de ce que j’ai souffert, lorsque traîné comme en triomphe de ville en ville, étroitement gardé, séparé de mes officiers & de mes gens, on a même voulu m’ôter mon épée & mettre des gardes pendant la nuit auprès de mon lit. » (Papon).
La présence dans son escorte de soldats recrutés localement choqua son orgueil. Il les désigna comme des « satellites barbares ». Voilà qui remplit certainement les Pertuisiens d’amertume !

Maison n° 2.


on architecture diffère de celle de la maison précédente et des demeures patriciennes édifiées aux 16ème et début du 17ème siècles. De quand date sa construction ? D’après les cadastres de l’époque, entre 1647 et 1710. La taille imposante du bâtiment étonne également. D’où provenait la brusque ascension de ses propriétaires ? La généalogie n’indique pas d’alliances prestigieuses et le cadastre, pas de grandes possessions terriennes de rapport! La réponse à cette question nous est peut-être fournie par l’histoire du royaume et de la Provence.



ierre d’Archimbaud fit carrière comme officier sur les galères du roi. Et ainsi qu’en atteste l’épopée du prince de Pologne, le 17ème siècle fut ponctué de nombreuses guerres. Celle de Trente Ans concerna le sud du royaume : les Alpes et la Méditerranée. Si elles firent le malheur du menu peuple, les politiques belliqueuses de Louis XIII et Louis XIV, profitèrent aux officiers militaires.

Sur mer, on se battit beaucoup. Richelieu qui développa une flotte de 30 galères puis Colbert, qui entreprit la construction de grands vaisseaux, comprirent l’importance de la flotte en Méditerranée. En effet, pour acheminer les armes, les soldats et leur subsistance vers le front de guerre du Nord, les Espagnols empruntaient l’axe maritime Barcelone-Gênes puis l’itinéraire de leurs possessions et celles de leurs alliés, à l’est.



e dernier grand combat de galères, en Méditerranée marqua les Provençaux. Il se déroula le 1er septembre 1638 devant Vado, dans le golfe de Gênes. Il faisait suite à la perte puis la reprise des Iles de Lérins. La flotte française décida d’en finir avec l’escadre espagnole, menace permanente, au large de ses côtes. Elle la poursuivit et l’atteignit devant Vado.

Vue du port de Marseille Vue du port de Marseille
Vue du port de Marseille

Vue du port de Marseille

Port de Marseille, vue panoramique avec galères
Histoire de Marseille - Privat Editeur

Les forces étaient égales : 15 galères dans chaque camp. Le combat au corps à corps fit disparaître 6000 hommes en trois heures de lutte acharnée. L’historien Raoul Busquet avance le nombre de 10 000 morts dans chaque camp. La noblesse provençale mobilisée, paya un lourd tribut. Atteint de douze blessures, le Marseillais Cosme de Valbelle, capitaine de galère, se fit attacher au mât pour donner ses derniers ordres. Dans la liste des valeureux combattants blessés, l’historien Papon donne deux noms familiers à Pertuis : Ravelly et d’Archimbaud.



es recherches sur les carrières militaires de ces Pertuisiens s’avèrent très difficiles voire impossibles. Avant le règne de Louis XIV, les archives des armées sont rares et parcellaires. Mais visiblement les officiers nobles tiraient parti des armes. A la même époque, trois officiers pertuisiens, de Croze, Ravelly et d’Archimbaud édifièrent des bâtiments de valeur dans notre cité.

La décadence.


urant plusieurs siècles, les rois, en quête de subsides, créèrent et vendirent des offices parfois anoblissants. La noblesse, aux lointaines origines chevaleresques, critiquait cette pratique. Irritation d’autant plus vive que ces nouveaux venus, issus de la bourgeoisie d’affaires, les écrasaient de leur fortune. Qui ne connaissait l’arrogance de « Messieurs » du Parlement d’Aix dont la fortune des ancêtres avait souvent débuté dans une boutique ?



ous Louis XIV, une commission vérifia les titres de noblesse. Par jugement du 15 novembre 1668, la commission condamna Pierre Archimbaud, écuyer, comme faux-noble au paiement de 50 livres d’amende. La famille avait été considérée agrégée au second ordre au 16ème siècle, par simple usurpation des qualifications. La Pertuisienne et noble Françoise Danjou, veuve d’André Archimbaud, (frère de Pierre), désista volontairement par déclaration du 30 novembre 1668, la « noblesse usurpée » de feu son époux. Quelle humiliation ! Dans Pertuis même cette « usurpation » leur fut reprochée. En 1688, l’élection de Louis d’Archimbaud au poste de 1er consul créa une polémique. François Régnier nommé second consul, fit appel : il prétendait avoir autant droit au 1er chaperon (réservé aux nobles) que d’Archimbaud non « gradué ». Malgré tout, ce dernier jouissait d’un certain crédit chez les « apparents » pertuisiens. Il demeura 1er consul, et la communauté destitua les deux autres. Grâce à l’achat d’un office de viguier, la famille réussit à faire valoir ses prétentions : le 5 août 1710, une ordonnance de l’Intendant Lebret maintint nobles : Pompée d’Archimbaud, écuyer, Sr de Chantereine et son frère Louis (5 degrés noble). En 1713, noble Louis d’Archimbaud eut l’honneur d’endosser le chaperon de 1er consul.



i les Archimbaud sauvèrent leur titre, ils n’échappèrent pas au danger qui touchait nombre de lignées nobles : l’extinction. Celle-ci semblait inexorable : la famille était « tombée en quenouille ». A la mort de Louis, l’héritière du nom serait une femme : Suzanne, fille d’André Archimbaud et de Dame Françoise Danjou. Suzanne avait épousé le 22 avril 1663, le Pertuisien André de Bonaud (ou Bounaud). Une branche de cette famille prit de l’importance grâce aux alliances contractées dans la noblesse provençale de renom (de Thomas, De Joannis de Bedoin, De Campredon, de Moreau de Verone…). La famille de Bonaud, maintenue noble en 1667 (noble de race et de lignée) « releva » (reprit) le nom d’Archimbaud qui risquait de disparaître. Ainsi, en 1744, naîtra à Pertuis, noble Charles-Louis-Alphonse de Bonaud d’Archimbaud.



n 1720, Louis d’Archimbaud, à la tête d’un patrimoine important, constitué de ses biens propres et de ceux hérités de ses frères et oncles, songea à se défaire d’une des deux maisons proches dans le quartier Saint-Nicolas : la N° 2, le futur hôtel de ville.

L’échange.


ar acte d’échange notarié, notre hôtel de ville entra dans le patrimoine d’une autre famille pertuisienne : de Croze. Le notaire Joachim Gilly reçut MM Joseph de Croze et Louis d’Archimbaud, le 20 juillet 1720 !! Période des plus douloureuses pour Pertuis.



ffondrement du Système de Law. Depuis le début de l’année 1720, régnait une certaine fébrilité dans le royaume entier. Le marasme financier du pays avait conduit le Régent, le duc Philippe d’Orléans, à faire appel au financier écossais Law (naturalisé en 1716). L’application de son « Système » avec émission de billets de banque, s’accompagna d’une spéculation effrénée. Mais alors que le Système commençait à donner des signes de défaillances, le 28 janvier 1720, les billets de banque eurent cours dans tout le royaume

Billet de la banque Royale Billet de la banque Royale
Billet de la banque Royale

Billet de la banque Royale

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et avait été mise en application la diminution puis l’interdiction des espèces en or et argent. L’inflation des billets enraya la machine et ce fut la banqueroute. Si les proches du pouvoir réussirent à convertir très avantageusement leurs billets, nombre de particuliers ne le purent et furent ruinés. A Paris, le 17 juillet, une émeute causa plusieurs morts.



Pertuis, ce ne fut pas la difficulté d’obtenir l’échange des grosses coupures qui toucha le menu peuple mais la dérégulation du commerce. Les négociants en blé marseillais essuyaient des refus de vente de leurs fournisseurs étrangers qui se méfiaient de cette monnaie de « papier ». Mais les espèces « sonnantes et trébuchantes » avaient disparu ! Ils se tournèrent alors vers le blé de l’arrière-pays provoquant un enchérissement des prix. Pertuis aux riches greniers, manqua plusieurs fois de pain ! La nourriture de base absente, les Pertuisiens restèrent parfois une semaine sans manger, à la grande colère des autorités. Malgré les perquisitions ordonnées par les consuls, les menaces d’amende, les boulangers sous le prétexte de la rareté et de la cherté du blé, ralentissaient ou arrêtaient la fabrication.



a menace de peste. Depuis un mois, un lourd secret planait sur Marseille. Le 20 juin, rue Belle-Table, mourut en quelques heures, une Marseillaise miséreuse. Cette mort, dans une rue pauvre, sombre, éloignée des beaux quartiers, passa inaperçue. Toutefois certains notèrent sur sa lèvre un « charbon ». Le 29 juin, en un lieu différent, un tailleur, décéda de façon tout aussi rapide et sans symptômes familiers. Plus inquiétant, le 30 juin, décès de la femme du tailleur, hébergée chez sa mère, en une autre rue.



er juillet, rue de l’Echelle, deux femmes meurent. L’une a un charbon sur le nez et l’autre des bubons ! La maladie et la mort s’étendent aux maisons voisines. Mais pas de mobilisation des autorités sanitaires. Pourtant les deux signes de la peste sont là ! Plus que toute autre ville, Marseille pouvait détecter et identifier la maladie. Ce port recevant les bateaux du Levant où la peste régnait à l’état endémique, s’était doté d’une structure efficace : le lazaret. Au 17ème siècle, la récurrence des épidémies (1630, 1640, 1650) entretint la vigilance des autorités. Le long répit qui suivit la dernière avait-il émoussé les réflexes salvateurs ?



e 9 et le 10 juillet, la peste quitta les quartiers misérables. Informés, les échevins de la ville appliquèrent les mesures du « Règlement de Peste » de 1629. Trop tard ! Le sort de Marseille, de La Provence, de Pertuis et des trois hommes qui dressaient l’acte notarié était scellé !!



Mme Line Gibert. © 2006.

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