Chonique de Pertuis

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Chronique 2 - « Les murailles de Pertuis »


e 24 mars 1632, le Pertuis que découvrit notre hôte, le maréchal de Vitry, était une cité de plusieurs siècles d’existence. Combien ? Les avis divergents des historiens n’autorisent pas à se prononcer de manière précise et avérée.

es premiers éléments de l’histoire de Pertuis apparurent au milieu du 8ème siècle, et se précisèrent à partir de 981, quand la possession de sa seigneurie fut l’objet d’âpres luttes mentionnées dans les chartes de l’abbaye de Montmajour d’Arles. Deux pouvoirs s’opposèrent : le seigneur et l’abbaye de Montmajour. Grâce aux actes de donations, aux pièces des longs procès qui ponctuèrent cette coexistence, les historiens de Pertuis disposèrent alors de documents plus tangibles. Jusqu’à la Révolution, Pertuis garda ses deux coseigneurs :


Plan de Pertuis
Plan de Pertuis

Plan des murailles de Pertuis

D'après le plan dressé par Mr Métois.



a fondation et les extensions de Pertuis ne se déroulèrent pas de façon linéaire et paisible. Les guerres, les sièges, les sacs des soldats mercenaires (routiers, Truchins…), obligèrent les Pertuisiens à doter leur cité de moyens de protection adéquats. C’est ainsi qu’ils la ceinturèrent d’un mur fortifié. L’éloignement dans le temps, la rareté des documents et l’absence d’historiens locaux contemporains, ne permettent pas de dater de manière précise cet ouvrage: fin du 11ème siècle ou 1242. Les extensions de la ville entraînèrent dans le temps des modifications de tracé mais, désormais Pertuis eut son « barri » (mot provençal) que les textes nomment les « murailles de la ville », les « fortifications », les « remparts ». Au 14ème siècle le seigneur de Pertuis y entreprit de coûteux travaux d’envergure (reconstruction et agrandissement) dont subsistent quelques éléments de nos jours.

A) Les murailles au 17ème siècle.

n 1632, quand, dépassant le couvent des Carmes, son carrosse déboucha sur la petite place face à la porte de la Durance (place du portail de Durance), nul doute que le maréchal de Vitry, chef des gens de guerre de la province, découvrit avec intérêt cette enceinte fortifiée.
En ce début du 17ème siècle, parvenues à la moitié de leur existence, les murailles témoignaient toujours de l’importance stratégique de Pertuis qui jouissait d’une situation géographique exceptionnelle :
a conjugaison de ces deux facteurs, la richesse céréalière et le nœud routier de première importance, expliquait le choix de Pertuis comme lieu « d’étape » et de garnison pour les troupes de « gens de guerre ». Place forte, son passé militaire abonde en événements majeurs dans l’histoire de la Provence !
Ces « Chroniques de Pertuis » ont vocation de dévoiler la richesse historique de notre cité, mais également de faire découvrir son patrimoine aux visiteurs de passage. Aussi parcourrons-nous le circuit longeant son ancienne enceinte fortifiée, en essayant de satisfaire la curiosité des uns et des autres.

B) Visite de l’enceinte fortifiée.

ors de cette visite guidée, à plusieurs reprises, il sera fait référence aux Guerres de religion et aux épidémies de peste. Elles sont incontournables dans l’histoire des murailles de la ville. Au 16ème siècle, ces évènements dramatiques nécessitèrent leur rénovation, voire leur reconstruction car durant les deux siècles précédents, très sollicitées, elles avaient vieilli et étaient en fort mauvais état.

e fut à la fin du 16ème siècle, que les fortifications de Pertuis subirent l’assaut des soldats pour la dernière fois, lors des « Guerres de Religion ». Pour désigner le long conflit qui opposa catholiques et protestants dans le royaume de France, les historiens emploient le pluriel. Dans son « dictionnaire d’histoire », Michel Mourre en cite 8. Pour la Provence et Pertuis, la plus terrible fut l’ultime de « la Ligue » ou « des Trois Henri » (Henri III, Henri de Navarre, Henri de Guise) qui dura de 1585 à 1598. L’accession au trône d’Henri de Navarre, huguenot, provoqua une scission au sein du Parlement d’Aix. Les Ligueurs qui refusèrent ce roi protestant, soutinrent la famille de Guise et demeurèrent dans Aix. Les loyalistes, catholiques fidèles au choix du roi légitime Henri III, s’installèrent dans Pertuis avec à leur tête deux hommes de caractère : le grand tribun de Coriolis et le gouverneur légitime de la Provence, le seigneur de la Valette, frère du terrible duc d’Epernon. En 1591, transformant Pertuis en place forte, La Valette entreprit d’énormes travaux que nous évoquerons plusieurs fois lors de cette visite.

La porte de la Durance

Porte de la Durance Porte de la Durance
Porte de la Durance

Porte de la Durance

© 2005-2006 Photo Mr Raymond Gibert.

lle débutait la rue du même nom. Les portes (portail ou pourtau en Provence), passages obligatoires, filtraient la population. Elles en facilitaient le contrôle et la surveillance. A l’époque de la Révolution, période des plus agitées, on y réinstalla les herses. Longtemps, elles furent fermées à clé la nuit. Des documents du trésorier de la communauté du 17ème siècle, attestent du paiement d’huile (huile d’olive de basse qualité) pour éclairer le préposé à l’ouverture et à la fermeture des portes. En 1591, le creusement des fossés nécessita l’installation de ponts-levis.

ors des épidémies de peste, la communauté y postait des gardes armés et rémunérés qui contrôlaient les « billets » de déplacement présentés par les voyageurs. Quand le Parlement de Provence avisait les communautés que le Païs était passé du stade de présomption à celui de contamination avérée, les consuls utilisaient les services de chirurgiens, adjoints aux gardes. Ils questionnaient les suspects, leur faisaient découvrir le cou et les aisselles qu’ils examinaient (sans les toucher) pour y déceler d’éventuels bubons.

vec la contamination des cités voisines, se renforçait la sévérité des mesures. Aux portes (limitées à 3 ou 4), les gardes interdisaient l’entrée aux rares voyageurs qui avaient échappé au filtrage du « port » de la Durance, lieu d’accostage du « bateau ou barque ». Au débarquement des arrivants, des gardes et un chirurgien opéraient un premier tri. Mais l’été, sècheresse aidant, des clandestins franchissaient le lit de la rivière à gué. Deux possibilités s’offraient pour ceux qui avaient été contrôlés au port :

la contamination officielle de la ville elle-même, le Parlement ordonnait l’installation du blocus, l’arrêt de l’utilisation du bateau (en 1720, on coula toutes les embarcations privées) et la surveillance des limites du terroir (1er cordon sanitaire appelé ligne), par des gardes armés ou des militaires. Les portes de la ville devenaient alors éléments du 2ème cordon sanitaire filtrant les habitants, notamment ceux de la campagne désirant pénétrer dans la cité.

La tour carrée
lle jouxtait la porte de la Durance. De nos jours elle abrite un commerce. Au fil des siècles, le danger d’un siège devenant de plus en plus improbable, les tours qui jalonnaient la muraille furent aliénées à des particuliers ou laissées à l’abandon. Leurs pierres furent une providence pour les constructions de la communauté et des particuliers. Aussi presque toutes disparurent. Certaines durent leur survie à leur aliénation : leurs propriétaires en prirent soin. Ainsi au 18ème siècle, la tour de la Durance était habitée par un notable d’Aix : M de Franc.

La muraille de la Bourgade
ttenant à la tour carrée, un tronçon en est encore visible. Plusieurs commerces y ont percé une entrée. L’un d’eux abrite un moulin à huile qui au 18ème siècle appartenait à l’hôpital Saint-Jacques. Il en tirait des revenus pour son fonctionnement. Le moulin a cessé de travailler mais ses imposantes structures sont encore en place. D’après son propriétaire actuel, il fut momentanément remis en marche lors de la guerre 1939-1945. Son exceptionnelle conservation malgré son intégration dans un commerce moderne, permet d’imaginer sans peine le temps où les habitants apportaient les récoltes de leurs « olières » fort nombreuses dans le terroir. Au 16ème siècle, sécurité oblige, on y accédait par le Pertuis intra-muros.

Photo La muraille de la Bourgade Photo La muraille de la Bourgade
La muraille de la Bourgade

La muraille de la Bourgade

© 2005-2006 Photo Mr Raymond Gibert.

l est recommandé de pénétrer dans la ville et regagner l’actuelle petite place Saint-Nicolas bordée par ce même pan de muraille. Là, dans le Pertuis intra-muros, on pourra observer des restes du chemin de ronde.
ontinuons notre cheminement en empruntant l’actuelle rue Colbert. La muraille a disparu, emprisonnée entre les constructions intérieures et extérieures. Il est difficile de situer avec exactitude l’époque de l’urbanisation de cette bourgade. Durant des siècles, au gré des événements, démolitions et reconstructions se succédèrent. Dans l’ « Inventaire topographique du Pays d’Aigues », un plan de la ville de 1730, dressé à partir des cadastres anciens de Pertuis, présente la muraille, englobée déjà dans des constructions et des jardins de part et d’autre. Dans les éléments bâtis, figuraient en grand nombre des suilhes (ou sueilles : porcheries) et des écuries. Le sentiment de précarité pour tout ce qui était édifié contre le mur prévalait encore au début du 18ème siècle.

a dernière démolition des constructions de la bourgade entreprise par La Valette datant des années 1590 à 1593, et l’urbanisation de ce qui avait constitué le fossé sec étant bien avancée en 1730, c’est donc dans un laps de temps d’un peu plus d’un siècle que « disparut » cette portion de muraille au midi (sud) de la ville.

a destruction du faubourg ou bourgade de 1590 et la reconstruction des murailles furent des travaux de grande envergure. Ils étaient à la hauteur du danger qui menaçait notre cité déjà bien éprouvée auparavant. Depuis le début des Guerres de religion, Pertuis, catholique, faisait face aux nombreux villages des environs qui optèrent pour la religion réformée. Mais la situation devint critique durant la huitième et dernière guerre, celle dite de la Ligue ou des « trois Henri ». Avec crainte, les Pertuisiens apprirent que leurs rivaux, les ligueurs d’Aix, avaient ouvert leurs portes au bouillonnant voisin de la Provence : le duc de Savoie.

plusieurs reprises, l’histoire de notre « Païs » et celle du duché Savoie se croisèrent. Les Provençaux en conservèrent de funestes souvenirs. Aussi la population pertuisienne, malgré l’importance des sacrifices que La Valette exigea d’elle, suivit-elle le gouverneur dans cette entreprise. Rappelons qu’il y avait peu, quatre ans, elle avait essuyé une terrible épidémie de peste : « La grande peste ». Le registre des délibérations donna le nombre de 4000 morts. L’historien Jean Monier parla de 500 décès en un seul jour. Tout en faisant la part des exagérations, il est vraisemblable qu’une grande partie des habitants avait péri. L’abnégation des Pertuisiens s’avéra justifiée : le 4 janvier 1591, les armées du duc de Savoie assiégèrent leur ville. La neige et un terrible froid aidant, l’attaque échoua.

ui imaginerait en parcourant cette paisible et commerçante rue Colbert, qu’en ces lieux se déploya une telle activité guerrière ? En très peu de temps, suivant les ordres de La Valette tout ce qui avait été construit dans les faubourgs disparut sous les pics des démolisseurs. On fit grâce à l’église des Carmes : on n’osa pas détruire un si beau bâtiment. A l’intérieur de l’enceinte, on dégagea l’accès à la muraille par la démolition de tous les bâtiments construits dans un espace de 4 m.

’accessibilité des murailles épaisses de 1,80m et hautes de 11m, (dimensions indiquées par M Marsily), fut rendue plus difficile par le creusement d’un fossé de 20m de large et de 2 à 4m de profondeur qui ceinturait la ville. De place en place, des « sentinelles », barbacanes ou vedettes abritaient les veilleurs. La Valette compléta l’ensemble par un dispositif de protection de l’église des Carmes et de la partie sud-est de la ville plus vulnérables. La terre produite par le creusement et les pierres des bâtiments abattus, servirent à dresser une défense avancée de plusieurs bastions, avec casemate, canonnière et parapets, reliés par une courtine surmontée de palissades.

e prix-fait (devis) des travaux dressé par le notaire dans la maison du Sieur François d’Albette, mentionna qu’il était destiné au Roy. La mention avait son importance pour Pertuis qui en tira deux conclusions. L’une positive, la cassette royale monnaierait les travaux. L’autre plus gênante, elle confirmait l’existence d’une servitude sur ce lieu appartenant de droit à notre coseigneur (le Roy de France). La connaissance de ce droit d’appartenance des fossés (zone inconstructible) est indispensable à qui se penche sur l’urbanisation de Pertuis durant l’Ancien Régime. Par ignorance ou volontaire transgression, des bâtisseurs pertuisiens se retrouvèrent devant les tribunaux. Les abords de la muraille et principalement les fossés appartenaient au « domaine du Roy » au même titre que la mer, les « grands chemins publics», les rivières navigables…Compliqué, le statut de certaines portions du terroir, devenait inextricable quand il fallait prendre en compte des donations effectuées durant plusieurs siècles. C’était l’une des raisons de la présence de nombreux jardins dans les espaces qui avaient abrité les anciens fossés.

Le château comtal et la porte du Château.
a présence de deux pouvoirs dans Pertuis eut des répercussions sur le fonctionnement de la communauté mais également sur l’implantation de ses bâtiments. Ainsi en fut-il pour le château, plus exactement « les châteaux ».

Emplacement de la porte du Château
Emplacement de la porte du Château

Emplacement de la porte du Château

© 2005-2006 Photo Mr Raymond Gibert.

la suite d’affrontements, le 1er château seigneurial fut cédé aux moines de Montmajour et devint leur prieuré au quartier de Saint-Pierre. A l’époque où Pertuis fit partie du domaine du comte de Forcalquier, un 2ème château et des habitations furent bâtis au sud dans le cimetière de l’église Saint-Nicolas. Le seigneur établit un « bayle » exerçant la justice et percevant ses droits. Mais la violence dans la cohabitation du seigneur et des moines perdura. L’arbitrage du pape fut sollicité. Le bayle fut retiré et le pape partagea la seigneurie en deux. La coseigneurie ainsi établie en 1212 et confirmée en 1242, dura jusqu’à la Révolution. Toutefois, l’arrangement manquait de clarté ainsi que le confirmèrent les conflits, les procès, les interventions de l’Archevêque d’Aix qui marquèrent l’histoire de notre ville. Pertuis comme la Provence et le royaume de France, vécut une terrible période. Notre cité subit les retombées de la Guerre de Cent Ans (1337-1453): routiers, brigands (Truchins), insécurité, calamités naturelles, disettes, épidémies (lèpre), désorganisation du commerce et des échanges. De cette avalanche de malheurs résulta une chute significative de la courbe démographique.

e comté de Provence (dont Pertuis) réintégra le domaine royal par son passage dans la Maison d’Anjou (roi René). Léguée au roi Louis XI, en 1487, la Provence fut rattachée au royaume de France.

e 2ème château comtal dont il ne reste que le donjon, fort ancien, avait été témoin de tous ces évènements dramatiques mais en avait également abrité les acteurs. En 1596, on s’acheminait vers la paix : l’Edit de Nantes fut signé en 1598. Epuisée par tant de malheurs, la communauté de Pertuis sollicita du gouverneur et des Etats de Provence la permission de démolir ce bâtiment guerrier. En privant les troupes armées d’un lieu de cantonnement, les Pertuisiens pensèrent éviter leur implication dans des combats. Henri IV reprenant en main son royaume pacifié, faisait procéder au démantèlement des fortifications des villes, hormis celles des frontières. Le château étant propriété royale, Pertuis obtint la permission sollicitée et livra le bâtiment aux pics des démolisseurs.

’enceinte du château comtal avait la forme d’un quadrilatère cantonné de tours rondes d’inégales importances. La partie nord, à l’intérieur de la ville, sur la place du Marché (place Mirabeau), fut la première abattue en épargnant le donjon dont nous parlerons plus tard.

u sud de ce quadrilatère, subsista longtemps le vaste corps de logis que longeaient ceux qui effectuaient le circuit des murailles ou des fossés de la ville. Au début du 19ème siècle, le percement de la rue Neuve (actuelle rue Danton) le fit disparaître avec les deux tours qui l’encadraient et la porte de la ville (porte du Château) par laquelle était entré le maréchal de Vitry en 1632. Si les textes du 17ème siècle mentionnent très peu ce corps de logis percé de fenêtres et la tour de Sarlin ou Sarline (à l’est), il en est autrement pour la grosse tour ronde ou Jalette à l’ouest. A sa vue, les Pertuisiens, mais également les étrangers pénétrant dans la ville par la porte du Château, ressentaient une crainte : c’était la tour de la Prison ou, selon l’expression de l’époque, « les Prisons royaux ». Et nos ancêtres en firent grand usage !!

ur un dessin aquarellé de la fin du 18ème siècle, la porte du Château comporte une ouverture semblable à une petite fenêtre. Un document datant de l’épidémie de peste de 1630, semble indiquer que des gens pouvaient y loger. Dans ce gros registre furent répertoriés tous les habitants que la communauté avait aidés en blé, pain, vin, huile, bois, sel, médicaments et soins. Ainsi « la Savoyarde », Pertuisienne seulement citée sous son surnom, était logée « au-dessus de la porte Saint-Antoine ». Pour sa subsistance durant la peste, elle reçut 134 pains.

La dévalade-La porte Notre-Dame
l’ouest de la porte du Château, le circuit amorce une descente rapide au nom très imagé de « la Dévalade ». Dans le passé, cette voie partant du « Pourtau du Château » (Portail) avait pour nom « Chemin des Crottes » (grottes). Sur une longue portion, cette voie longeant la muraille empêcha l’adossement extérieur de bâtiments. Une tour carrée occupait l’angle formé par la bifurcation. Malgré la présence du bâtiment abritant le « Foyer du 3ème Age », on peut encore apercevoir des vestiges de la muraille reliant la porte du Château à la tour carrée.

Photo La dévalade Photo La dévalade
La dévalade

La dévalade

© 2005-2006 Photo Mr Raymond Gibert.

uivons la rue des Remparts. Malgré deux ouvertures de passages et des percements de fenêtres, des éléments de l’enceinte dont des archères ou archières sont encore bien visibles.

l’entrée de la rue Notre-Dame, une porte de même nom. Nous remarquons un lavoir : le lavoir Notre-Dame dit « des Poux ». Creusé dans le mur d’enceinte, son établissement est beaucoup plus tardif (1882); Tous les ans, le 15 août, les participants à une fête majeure de la vie religieuse pertuisienne franchissaient la porte Notre-Dame. Au son de la musique des tambours, fifres, violons, et dans un grand déploiement de bannières bariolées des confréries religieuses et de métiers, une procession se rendait en pèlerinage au prieuré de Notre-Dame-Des-Preds. Parmi toutes les statues sorties en ces grandes occasions, figurait en bonne place celle de Notre Dame de Bon secours parée de riches habits brodés et de bijoux offerts par les paroissiens.

epuis l’emplacement de cette porte disparue, regardons vers l’intérieur de la ville. Nous apercevons ce qui, durant des siècles, fit office d’égouts : la pente naturelle des rues, améliorée parfois par une petite rigole creusée au centre.

Le Chateau Comtal
La dévalade

La dévalade

© 2005-2006 Photo Mr Raymond Gibert.

n 1629, la peste venue des Alpes et transportée par des soldats, se répandit à travers la Provence. Le Parlement d’Aix décida alors de rédiger un « Règlement de Peste » qu’il envoya à toutes les communautés de Provence. Conservé dans les archives, le document était ressorti à chaque arrivée de la « maladie contagieuse » (euphémisme de l’époque). Pertuis mit en pratique le sien pour les trois dernières grandes épidémies : 1630, 1640, 1720. Ce règlement, compilation de mesures qui avaient prouvé leur efficacité dans le passé, était le fruit de l’observation, de l’empirisme et de la sagesse d’ancêtres qui, s’ils n’employaient pas les termes de « cordons sanitaires », en maîtrisaient le fonctionnement.

a peste menaçant, les premières mesures prises tentaient d’améliorer la salubrité publique. L’article VII du règlement ordonnait la suppression « des Süeilles ou Cloaques autour des murailles. » Selon la définition du dictionnaire, ces cloaques étaient des réceptacles d’eaux sales, d’immondices, de masses d’eau croupie et infecte. Les « süeilles ou suilhes », porcheries, souvent adossées à la muraille abritaient les cochons lâchés dans les rues le jour.

e problème de la présence des cloaques, sources « de fièvres » en été, fut longtemps celui de nombreuses villes provençales. Un fait divers survenu à Aix-en-Provence et rapporté le 3 août 1839 par le journal « Le Mémorial d’Aix » en atteste. Dans la nuit, un bataillon du 11e de ligne se mit en marche pour Grenoble. Mais il n’emprunta pas la porte de « Belle-Garde » dont les

Photo La dévalade Photo La dévalade
La dévalade

La dévalade (détails)

© 2005-2006 Photo Mr Raymond Gibert.

chefs étaient à l’Hôtel de Ville. Menés par un colonel furieux, les soldats tentèrent une sortie à travers les cloaques qui longeaient l’intérieur des remparts. Plusieurs y chutèrent de façon peu glorieuse. Ils réussirent malgré tout à sortir par la porte Saint-Louis que son gardien vint ouvrir pour mettre « le régiment en liberté ».

Pertuis, les cloaques, répertoriés dans les cadastres et soumis à l’impôt, étaient très nombreux sous les murailles, aux quartiers Notre-Dame et Saint-Antoine. Sources d’un précieux fumier et très rentables, leurs propriétaires figuraient parmi les notabilités de la cité : les Croze, les Dorgon… En l’absence d’un réseau d’égout, l’eau se déversant des fontaines, la pluie, les eaux usées, les déjections, les immondices, suivant la pente naturelle des rues, s’écoulaient dans ces fosses.

La place Saint-Pierre, la tour de l’abbaye.
près la porte Notre-Dame, reprenons la rue des Remparts et dirigeons-nous vers le nord. En décrivant une large courbe, nous longeons le quartier Saint-Pierre qui abrita les premières structures de Pertuis. La configuration du site rend évidentes les raisons des bâtisseurs du 1er château, qui le choisirent comme lieu de fondation. La butte et son sentier sinueux qui permettent de rejoindre la place Saint-Pierre sont récents et, durant des siècles, une falaise abrupte domina le cours d’eau

Place Saint Pierre
Place Saint Pierre

Place Saint Pierre

© 2005-2006 Photo Mr Raymond Gibert.

l’Eze et les jardins et champs qui le bordaient. L’accessibilité à ce quartier de la ville était d’autant plus difficile que l’enceinte fortifiée le bordait. Une tour, la tour de l’Abbaye, surmontée d’une vedette en forme de lampe, parachevait ce lieu de surveillance.

uand, les troupes du duc de Savoie, revenant du siège de la ville de Grambois (la ville avait été prise), investirent notre cité par le nord, elles essuyèrent les volées de boulets des canons pertuisiens installés sur ce promontoire.
Le tronçon de muraille bien conservé, à gauche de la butte, présente quelques éléments intéressants.

Les portes Saint-antoine et Murette, et la tour Saint-jacques.
a porte Saint-Antoine s’ouvrait sur la rue portant actuellement ce nom. L’étude des très nombreux documents trésoriers de la ville sous l’Ancien Régime, permet de constater que longtemps ce lieu bénéficia de l’attention des communautés qui se succédèrent. Sa position a sur l’axe routier nord-sud, siège d’une intense circulation, en est l’explication principale.

Photo La Porte Saint-Antoine Photo La Porte Saint-Antoine
La Porte Saint-Antoine

Le Pont Saint-Antoine

© 2005-2006 Photo Mr Raymond Gibert.

e pont, dit Saint-Antoine, permettait à la route « en deçà » de la rivière Durance de franchir l’Eze. Parmi ceux qui l’empruntaient figuraient en bonne place les troupes armées. Pertuis, place forte, était ville d’étape et de garnison. Elle accueillait le soir à la soupée les militaires en déplacement. Logés chez les habitants et les « hôtes » (aubergistes de la ville), ils recevaient de fournisseurs locaux leur subsistance (pain, vin, viande).

ouis XIII et Louis XIV qui menèrent des guerres en Italie et en Espagne, déplacèrent souvent leurs troupes d’un front à l’autre. Ainsi en 1639 (Louis XIII, Guerre de Trente Ans), du mois d’avril au mois d’août, Pertuis distribua-t-il 4236 rations pour une « soupper et disner ». Les billets de logement rédigés à cette occasion mentionnèrent 487 lieux d’hébergement. Les soldats étant toujours logés par 2 dans les maisons des particuliers et plus chez les hôtes, le nombre des « gens de guerre » logés dans Pertuis, atteignait parfois le nombre de 1000 personnes, soit environ le quart de la population. Imaginons plus de 4000 soldats à loger et à nourrir, arrivant de façon impromptue dans notre ville actuelle !

e déplacement de tous « ces gens de guerre » mettait à mal les voies de communication. Quand les soldats ennemis ne les détruisaient pas volontairement ! Démolir le pont Saint-Antoine c’était entraver le ravitaillement des villes d’Aix et Marseille et les tenir à merci !

ais la guerre n’était pas seule à menacer l’existence de l’ouvrage. Les violentes crues de l’Eze l’emportèrent à plusieurs reprises. Il fut reconstruit trois fois, en 1587, 1609 et 1621. Celui que nous voyons aujourd’hui date de 1759 mais son parapet de pierre fut remplacé au 19ème siècle par une rambarde métallique.

e trafic intense sur cette voie nord-sud était un atout pour la vie économique de la ville. Il générait beaucoup d’emplois. L’étude des cadastres anciens indique dans le faubourg et la bourgade, une forte présence « d’hostes » (tenanciers de « logis »), et d’artisans dont l’activité était liée aux métiers du transport : charrons, forgerons, bâtiers, « mulatiers », bourreliers…

Tour Saint Jacques
Tour Saint Jacques

Tour Saint Jacques

© 2005-2006 Photo Mr Raymond Gibert.

ous voici arrivés devant l’élément de cette enceinte fortifiée le plus propre à rappeler le passé militaire de la place forte que fut Pertuis : la tour Saint-Jacques. Tour carrée ou plus exactement rectangulaire, elle présente la particularité d’être ouverte à la gorge (vers l’intérieur de la ville). Le chemin de ronde dont subsistent des vestiges, permettait d’accéder à deux salles voûtées en berceau commandant des archères. Elle est couronnée d’une plateforme avec ses créneaux et ses mâchicoulis.

roche de la tour Saint-Jacques, une porte plus petite que les 5 autres portant le nom de Porte du Chien (ou portail du Chien). Elle était réservée aux piétons et faisait suite à la « rue Basse » intra-muros. Au niveau d’une tour demi-ronde découronnée, le tracé s’infléchit et reprend sa direction vers le sud. La dernière porte, la porte Murette, s’ouvre sur la rue Calade du quartier Vinory. Comme toutes les autres portes, elle n’a laissé aucun vestige. De cette porte Murette à celle de la Durance, aucune trace de l’enceinte fortifiée. Pourtant le nom de la rue (rue Murette), qui longe l’ancien tracé de l’enceinte, nous rappelle qu’en ce lieu exista un des éléments de cet ouvrage. Dans un passé lointain, devant le fossé sec qui ceinturait la ville, un second mur (la murette) constituait un obstacle supplémentaire. Il disparut au 15ème siècle mais cette rue du faubourg rappelle sa présence. La place ombragée (place de la Diane) a remplacé les jardins autrefois nombreux en ce lieu.

C) L’ultime grand projet.

u sortir du 16ème siècle, époque troublée et marquée des pires malheurs, les Pertuisiens jouissant d’une période de paix, manifestèrent un grand dynamisme bâtisseur. Mais l’épisode de la grande démolition ordonnée par La Valette datait d’à peine 15 ans. En 1609, l’inquiétude pour le devenir de ces nouveaux bâtiments poussa la communauté à élaborer un grand projet d’agrandissement du périmètre des murailles (700 m de long et 10 m de hauteur). Partant de la tour Saint Jacques, elles devaient englober le faubourg, passer derrière les casements, le couvent des Carmes, la Bourgade, et rejoindre la place devant la porte du château. Le coût de l’opération, la volonté royale de démanteler ces places fortes faisant ombre à son pouvoir, firent abandonner ce dernier grand projet.

Sources.

Archives communales de Pertuis : Registres des délibérations. Registres des cadastres anciens. Papiers des trésoriers de la communauté (Ancien Régime).
Docteur Joseph Marsily : « Pertuis au riche passé ». Les remparts de la ville. Revue municipale de Pertuis (1984).et Pertuis à l’époque féodale. Bulletin municipal N° 5.
Ministère de la Culture : « Inventaire topographique du pays d’Aigues ». M et P-J Chabert : Aix en Provence au XIXe siècle. Chroniques et faits divers du « Mémorial d’Aix » de 1837 à 1871. Edisud.
Manuscrit de Me Arnaud Gondard (19ème siècle). A C de Pertuis.

Mme Line Gibert. © 2006.

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